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Crise du logement : renverser la crise et défendre la dignité

Québec solidaire avance dans cette campagne comme si chaque clé remise à un locataire arraché à la spéculation était une victoire politique. En mettant l’habitation au centre de sa plateforme, le parti assume ce que les autres fuient : la crise n’est plus une suite d’accidents isolés, mais une architecture entière qui s’effondre sur celles et ceux qui n’ont jamais eu le luxe d’un toit assuré. QS promet un État bâtisseur, un État qui cesse de jouer les pompiers et se transforme enfin en ingénieur collectif. Et dans un Québec où les loyers grimpent plus vite que les salaires, l’idée n’a rien d’utopique : c’est de la survie sociale.

Ce que le parti met de l’avant, c’est un plan qui ne laisse pas l’habitation entre les mains du marché, ce marché qui choisit toujours la rentabilité avant la dignité. En promettant un élargissement massif du parc de logements publics et sociaux, QS nomme ce que tant d’élus traditionnels refusent de reconnaître : les locataires n’ont pas seulement besoin de protections, ils ont besoin de pouvoir. Les discriminations — envers les familles monoparentales, les personnes racisées, les jeunes, les gens à faible revenu — ne sont pas des accidents individuels, mais les symptômes d’un système qui classe les corps selon ce qu’ils rapportent. Un locataire me disait la semaine dernière : « Ici, si t’es pas rentable, t’es jetable. » Ça devrait suffire à réveiller un gouvernement.

On peut presque mesurer l’inaction des partis traditionnels à l’épaisseur des dossiers qu’ils n’ont jamais ouverts : encadrement strict des rénovictions, registre public des baux, gel des loyers dans les secteurs en crise, investissement massif dans les infrastructures d’habitation. Pendant que QS propose des leviers, les vieux partis s’accrochent à des rustines : crédits d’impôt qui ne profitent qu’à ceux qui sont déjà bien logés, programmes flous, promesses qui se dégonflent au contact du réel. Leur inertie n’est pas un hasard : elle est le produit d’une croyance aveugle que le marché s’autorégule, alors qu’il s’organise surtout pour protéger les propriétaires les plus riches.

Et pourtant, la crise du logement n’est qu’un chapitre d’un livre plus sombre : celui des infrastructures du Québec qui craquent de partout. Les écoles moisissent, les routes s’effritent, les hôpitaux débordent, et les réseaux d’aqueduc explosent sous le poids du temps. L’habitation, ce n’est pas seulement un toit : c’est un écosystème qui dépend d’un État capable de planifier. En liant logement et infrastructures, QS fait un geste politique majeur : rappeler que les problèmes que l’on vit ne sont pas isolés, mais systémiques. On ne peut pas régler la crise du logement sans s’attaquer à l’austérité chronique qui a dévitalisé nos services publics.

Dans les quartiers populaires, là où les pancartes anti-évictions fleurissent comme des cris visuels, les gens ne demandent plus des promesses : ils demandent un changement de cap. Si cette campagne a une urgence, c’est celle-ci : transformer un Québec en train de devenir inhabitable en un pays qui loge sa population avant de loger les profits des fonds immobiliers. QS joue gros, oui. Mais surtout, QS joue vrai. Et dans une époque où tant de logements sont vides et tant de vies sont à bout, miser sur l’habitation, c’est miser sur la dignité. C’est y mettre tout — parce que tout est déjà en train de nous glisser entre les doigts.

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