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Trump dynamite l’accord Canada États-Unis Mexique : le Canada pris au piège

Le 1er juillet approche, et avec lui la date butoir pour renouveler l’Accord Canada–États-Unis–Mexique. Mais Donald Trump vient de claquer la porte : il « ne cherche pas à renouveler » l’ACEUM. Derrière cette phrase lapidaire se cache une violence structurelle que nos élites économiques refusent encore de nommer : le Canada n’est pas un partenaire commercial, il est un vassal énergétique et manufacturier. Pendant que nos gouvernements successifs ont sacralisé le libre-échange comme horizon indépassable, ils ont bâti une économie-cage dont les barreaux sont en bois d’œuvre, en aluminium et en pétrole des sables bitumineux. Aujourd’hui, Trump nous rappelle brutalement qu’un pays qui exporte 77 % de ses marchandises vers un seul marché n’a pas de stratégie commerciale : il a une chaîne au cou.

Les secteurs les plus exposés ne sont pas des abstractions comptables, ce sont des milliers de travailleuses et travailleurs jetés en pâture aux humeurs d’un empire en déclin. Le manufacturier ontarien et québécois, l’agriculture des Prairies, le secteur énergétique albertain : tous dépendent d’un accès fluide au marché américain. Mais cette « intégration » célébrée par les chambres de commerce cache une réalité plus sordide. Nous avons abandonné toute souveraineté industrielle pour devenir l’arrière-cour extractiviste des États-Unis. Résultat : quand Washington claque des doigts, Ottawa rampe. Et pendant ce temps, les PDG empochent les dividendes de cette subordination pendant que les communautés ouvrières paient le prix des tarifs douaniers et des fermetures d’usines.

Le gouvernement Carney parle désormais de « diversification commerciale » et de « résilience industrielle ». Traduisez : trop peu, trop tard, et probablement trop timide. Diversifier vers qui ? L’Union européenne qui impose ses propres conditions néocoloniales ? La Chine, diabolisée par les mêmes élites qui nous ont vendus aux Américains ? La vérité, c’est que toute stratégie de « négociation » avec Trump est vouée à l’échec tant qu’on refuse de repenser notre modèle économique. On ne négocie pas avec un rapport de force aussi asymétrique. On ne mendie pas des miettes de souveraineté. On la construit, secteur par secteur, en relocalisant, en nationalisant si nécessaire, en investissant massivement dans une économie verte et autocentrée.

Les activistes climatiques et syndicaux le crient depuis des années : notre dépendance aux combustibles fossiles et à l’exportation de matières premières est à la fois un suicide écologique et un désastre géopolitique. L’ACEUM n’a jamais été un accord « gagnant-gagnant » : c’était un pacte de domination qui nous enfermait dans un rôle de fournisseur de ressources bon marché. Que Trump le déchire devrait être un électrochoc. Mais attention : le danger n’est pas l’effondrement de l’accord, c’est la tentation de négocier un nouveau pacte encore plus défavorable, encore plus extractiviste, pour sauver les profits des oligarques du pétrole et de l’automobile. Le vrai courage politique consisterait à dire : non, nous n’acceptons plus ce chantage. Nous allons bâtir une économie qui nourrit les nôtres, pas les actionnaires américains.

L’urgence n’est pas de sauver l’ACEUM. L’urgence, c’est de briser les chaînes de notre dépendance et de construire enfin une autonomie économique digne de ce nom. Cela signifie un virage industriel vert, un contrôle démocratique sur nos ressources, des investissements publics massifs dans les infrastructures et les services, et une politique commerciale qui privilégie la solidarité régionale plutôt que la soumission impériale. Les jeunes qui descendent dans la rue pour le climat et la justice sociale comprennent déjà ce que nos dirigeants refusent d’admettre : ce système nous tue. Trump ne fait que nous tendre le miroir de notre propre lâcheté collective. À nous de choisir : continuer à supplier pour des miettes, ou enfin nous lever et reprendre le contrôle de notre destin économique.

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