Camille_Dufresne_2026-06-16_batteries_etat_paie_prive_fuit

Filière batterie : l’État paie, le privé fuit

Des milliards injectés dans la promesse verte, et voici ce qu’on récolte : des usines qui ferment, des travailleurs laissés pour compte, et un gouvernement qui se démène pour sauver les apparences. La filière batterie, cette créature du techno-optimisme libéral, révèle sa vraie nature : un monstre affamé d’argent public qui n’engendre que des profits privés et des ruines collectives. Pendant que Northvolt et Umicore rapatrient leurs billes après avoir siphonné les subventions, nos hôpitaux manquent de lits et nos écoles croulent sous les compressions. La transition écologique version capitaliste, c’est ça : un mirage subventionné qui s’évapore dès que les actionnaires flairent la baisse de rendement.

L’argent public coule à flots vers ces géants industriels sans qu’on exige de garanties réelles, sans mécanismes de contrôle démocratique, sans clause de retour collectif sur investissement. On nous vend du vert, mais on finance du gris : des installations qui dépendent des fluctuations du marché mondial, des chaînes d’approvisionnement opaques, des emplois précaires. Quand Northvolt annule ses projets ou qu’Umicore révise ses ambitions à la baisse, ce sont nos impôts qui s’envolent en fumée, pas les dividendes des actionnaires. L’État joue au pompier avec l’argent de la collectivité, pendant que les responsables de l’incendie se réfugient dans leurs paradis fiscaux.

Ce fiasco n’est pas un accident : c’est le symptôme d’un modèle politique qui confie notre avenir climatique aux mêmes forces qui ont créé la crise. On privatise les gains, on socialise les pertes, et on appelle ça de l’innovation. Mais pendant que les gouvernements courtisent les multinationales avec des milliards en cadeaux fiscaux, les services publics agonisent. Les enseignantes manquent de ressources, les infirmières s’épuisent, les logements sociaux restent des promesses électorales. La transition juste, ce n’est pas ça. C’est une redistribution organisée des richesses, pas une nouvelle occasion d’enrichir les déjà riches.

Il existe une autre voie : celle d’une transition publique, planifiée, démocratique. Imaginez des usines de batteries détenues collectivement, gérées par des conseils où siègent travailleurs, citoyens et experts indépendants. Imaginez que chaque dollar investi serve d’abord les besoins locaux : transport collectif électrique, rénovation énergétique des bâtiments publics, réseaux de réemploi et de réparation. Imaginez que les profits générés retournent dans la communauté plutôt que dans les poches d’actionnaires anonymes. Ce n’est pas de l’utopie, c’est de la logique : quand l’État investit, c’est nous qui devrions récolter.

La colère gronde, et elle est légitime. Les jeunes qui manifestent pour le climat ne demandent pas des subventions pour des multinationales, ils exigent une vraie transformation systémique. Il est temps d’arrêter de croire que le marché va nous sauver. Il est temps d’exiger la transparence totale sur les investissements verts, des clauses de récupération en cas de défaillance, et surtout, le transfert du pouvoir décisionnel aux mains de celles et ceux qui vivront avec les conséquences. La transition écologique ne se fera pas dans les salles de conseil d’administration, elle se fera dans les assemblées populaires, ou elle ne se fera pas.

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