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Fraude syndicale alléguée : ne pas confondre l’arbre et la forêt

Les accusations de fraude et d’abus de confiance portées contre l’ancienne présidente du syndicat des cols blancs de Trois-Rivières tombent comme une pierre dans la mare du mouvement ouvrier québécois. Si les faits reprochés — détournement présumé de fonds syndicaux à des fins personnelles — s’avèrent fondés, ils méritent évidemment toute la rigueur de la justice. Mais ce dossier judiciaire ne doit surtout pas servir de prétexte aux détracteurs du syndicalisme pour discréditer l’ensemble d’un mouvement qui défend quotidiennement des millions de travailleuses et travailleurs. Dans un contexte où les syndicats sont constamment sous le feu de critiques idéologiques, cette affaire exige transparence et mise en perspective.

Contrairement aux entreprises privées où les scandales financiers impliquant des dirigeants se comptent par dizaines — pensons aux affaires SNC-Lavalin ou aux paradis fiscaux révélés par les Panama Papers — les organisations syndicales fonctionnent selon des règles de démocratie directe où chaque membre peut exiger des comptes. Les syndicats tiennent des assemblées générales, publient des rapports financiers, procèdent à des audits externes et élisent leurs représentants au suffrage universel. Ces mécanismes de contrôle interne, loin d’être parfaits, n’en constituent pas moins une structure de reddition de comptes que bien des PME et multinationales pourraient envier.

Ce qui frappe dans cette affaire trifluvienne, c’est justement que le système a fonctionné: des membres vigilants ont levé le drapeau rouge, une enquête a été menée, et la justice suit désormais son cours. Voilà précisément comment doit opérer une organisation démocratique face à des soupçons d’irrégularités. Comparez cela avec les magouilles fiscales de certaines grandes fortunes qui échappent pendant des décennies à tout examen, protégées par des armées d’avocats et des comptes offshore. Le deux poids, deux mesures médiatique saute aux yeux.

Dans mes reportages à travers le monde, j’ai constaté que partout où les syndicats sont attaqués — du Wisconsin aux zones franches bangladaises — les mêmes tactiques rhétoriques reviennent: amplifier les rares cas de mauvaise gestion pour délégitimer l’ensemble du mouvement. C’est une stratégie éprouvée du néolibéralisme autoritaire. Au Maroc comme au Brésil, j’ai vu des gouvernements instrumentaliser des scandales isolés pour affaiblir les centrales syndicales qui défendent les droits des précaires. Le Québec n’est pas immunisé contre ces manœuvres de salissage systémique.

Réaffirmons donc l’essentiel: oui à la transparence absolue, oui aux poursuites judiciaires quand il y a présomption de délit, et non aux amalgames faciles. Les syndicats restent les seuls remparts collectifs face à l’exploitation et à la précarité galopante. Une pomme pourrie ne pourrit pas le verger entier — surtout quand ce verger nourrit la justice sociale depuis plus d’un siècle. Cette affaire doit servir de rappel que la vigilance démocratique ne dort jamais, mais certainement pas de munition pour ceux qui rêvent d’un monde sans contre-pouvoirs ouvriers.

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