CamilleDufresne_2026-06-20_poursuite_policiere_tue_plus_que_le_crime

Poursuite policière au Québec : quand l’État tue plus

Les chiffres récents sur les poursuites policières au Québec soulèvent de vives inquiétudes. Au-delà des débats statistiques, une question demeure : lorsque les forces de l’ordre privilégient l’interception immédiate lors de certaines fuites, les risques pour le public augmentent considérablement. Des cyclistes percutés, des passants fauchés, des automobilistes innocents blessés ou tués dans des événements liés à des poursuites policières alimentent une critique grandissante d’une logique d’intervention qui, selon ses détracteurs, valorise trop souvent l’interpellation à tout prix plutôt que la sécurité collective. On nous promet l’ordre public, mais les conséquences peuvent parfois être tragiques.

L’absurdité atteint son paroxysme lorsque des poursuites à haut risque sont déclenchées à la suite d’infractions qui, au départ, ne comportent pas nécessairement de menace immédiate pour la population : permis non valide, plaque d’immatriculation problématique ou refus d’obtempérer. Pourtant, une simple interception peut rapidement se transformer en opération dangereuse pour l’ensemble des usagers de la route. La question demeure : quel niveau de risque collectif est acceptable pour faire respecter une infraction routière ou administrative? Pour plusieurs critiques du système actuel, les institutions accordent encore trop d’importance à l’affirmation immédiate de l’autorité, malgré les dangers connus de certaines poursuites.

Cette escalade alimente les critiques visant une culture policière perçue comme trop centrée sur l’intervention musclée et insuffisamment orientée vers la désescalade ou les stratégies de suivi. Chaque fuite est souvent traitée comme une situation exigeant une réponse rapide, alors que d’autres options peuvent parfois être envisagées selon les circonstances : surveillance à distance, collecte d’informations ou interception ultérieure dans un contexte plus sécuritaire. Cette logique du tout, tout de suite est dénoncée par plusieurs observateurs qui y voient une valorisation de la démonstration de force au détriment de la protection réelle des citoyens. Pendant ce temps, les familles touchées par des événements liés à des poursuites policières continuent de réclamer des réponses et une remise en question des pratiques actuelles.

Il faut également nommer ce que certains groupes communautaires et chercheurs considèrent comme un enjeu plus large de contrôle social. Selon ces critiques, les interventions policières les plus intrusives se concentrent souvent dans des quartiers déjà fortement surveillés, notamment des quartiers populaires et des communautés racisées. Cette présence policière accrue alimente un débat sur les effets de la surpoliciarisation et sur la manière dont certaines populations vivent plus fréquemment des interactions coercitives avec l’État. Dans cette perspective, l’augmentation du recours à certaines tactiques d’intervention ne serait pas seulement une question opérationnelle, mais aussi un choix politique concernant la manière dont la sécurité publique est conçue et appliquée.

L’urgence commande, à tout le moins, une réévaluation rigoureuse des critères encadrant les poursuites à haute vitesse pour des infractions non violentes. Aucune vie ne devrait être mise en danger pour un permis invalide ou un feu rouge brûlé. Plusieurs administrations ailleurs en Amérique du Nord ont adopté des politiques plus restrictives concernant les poursuites policières, avec pour objectif de réduire les collisions graves et les décès associés à ces interventions. Ces expériences démontrent qu’il existe des alternatives qui méritent d’être étudiées sérieusement. Tant que nos institutions refuseront de remettre en question leurs pratiques, chaque nouvelle victime continuera d’alimenter un débat fondamental sur la véritable signification de la sécurité publique.

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