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Désinvestissement et occupation israélienne : l’argent public québécois en question

Quand nos retraites financent l’occupation, qui décide de la limite morale ? La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) gère plus de 450 milliards de dollars d’épargne collective, censés fructifier dans l’intérêt des Québécois. Mais que se passe-t-il lorsque ces placements soutiennent indirectement un système d’occupation militaire et de colonisation jugé contraire au droit international par de nombreuses instances internationales, dont la Cour internationale de Justice dans son avis consultatif de 2024 ? C’est précisément la question soulevée par une coalition d’organisations de la société civile qui réclame le désinvestissement des entreprises impliquées dans la colonisation israélienne des territoires palestiniens. L’argent n’a pas d’odeur, dit-on — mais il a une responsabilité, surtout quand il est public.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon les recherches menées par des ONG et organismes spécialisés dans la finance éthique et le suivi des investissements, la CDPQ détient ou a détenu des participations dans plusieurs multinationales liées à l’infrastructure de l’occupation — banques actives dans les colonies, entreprises de technologie de surveillance ou fabricants d’équipements militaires. Ces investissements ne représentent qu’une fraction infime du portefeuille total, mais leur portée symbolique et juridique est importante. Dans un contexte où l’ONU considère les colonies israéliennes dans les territoires occupés comme contraires au droit international, maintenir ces positions financières soulève des questions de cohérence éthique. La neutralité financière, ce mythe confortable des gestionnaires de fonds, n’existe tout simplement pas face aux violations systémiques des droits humains.

Ce débat n’est pas nouveau, mais il s’inscrit dans un mouvement global de responsabilisation des institutions financières publiques. Du Fonds de pension norvégien, qui a exclu plusieurs entreprises en raison de leurs liens avec les colonies israéliennes, aux universités nord-américaines qui désinvestissent progressivement de certains secteurs controversés, la tendance est claire : l’argent public ne peut plus se cacher derrière la seule performance boursière pour esquiver ses obligations morales. Au Québec, cette discussion prend une dimension particulière. La CDPQ, souvent présentée comme un modèle de gestion prudente et performante, doit aussi incarner les valeurs d’une société qui se veut progressiste et respectueuse du droit international. Pour plusieurs spécialistes du droit international humanitaire, il existe une tension réelle entre la défense des droits humains et le maintien d’investissements dans des entreprises associées à des violations alléguées de ces droits.

Les partisans du statu quo invoquent généralement deux arguments : la rentabilité et la non-ingérence politique. Mais ces justifications ne tiennent pas la route. D’abord, de nombreuses études suggèrent que les portefeuilles intégrant des critères ESG (environnement, social, gouvernance) peuvent performer aussi bien que les placements conventionnels, même si les résultats varient selon les périodes et les méthodologies. Ensuite, choisir d’investir dans des entreprises impliquées dans des activités controversées au regard du droit international n’est pas une position neutre — c’est déjà un choix politique. Le désinvestissement, loin d’être une radicalisation, constitue au contraire un retour à la cohérence entre principes affichés et pratiques financières. D’autres institutions publiques l’ont fait sans catastrophe économique ; le Québec peut — et doit — suivre.

Cette campagne de désinvestissement s’inscrit dans une solidarité internationale qui transcende les frontières et les identités. Qu’on soit à Montréal, à Johannesburg ou à Jakarta, la question reste la même : comment nos systèmes économiques peuvent-ils cesser de reproduire les mécanismes d’oppression ? L’apartheid sud-africain s’est effondré en partie grâce à la pression financière internationale. Aujourd’hui, face à une situation que plusieurs organisations de défense des droits humains — dont Amnesty International, Human Rights Watch et l’organisation israélienne B’Tselem — qualifient d’apartheid à l’égard des Palestiniens, le désinvestissement n’est pas une punition collective — c’est un levier de transformation pacifique. La CDPQ a le pouvoir d’envoyer un signal fort : l’argent des Québécois ne servira pas à financer l’injustice, où qu’elle se produise. C’est une question d’intégrité, pas d’idéologie.

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