À une semaine du grand déménagement, 3200 ménages québécois sont coincés dans l’angle mort d’un système qui a transformé le toit au-dessus de nos têtes en machine à cash. Ce ne sont pas des statistiques : ce sont des mères monoparentales qui appellent les organismes communautaires en pleurant, des aîné·es qui perdent leur quartier après quarante ans, des travailleur·euses précaires racisé·es qu’on repousse vers les marges parce que leur salaire ne suit plus l’explosion des loyers. Le 1er juillet n’est plus une date de transition : c’est devenu un compte à rebours vers l’itinérance pour des milliers de personnes que le marché immobilier a décidé de jeter par-dessus bord.
Cette crise n’est pas tombée du ciel. Elle est le produit direct d’un marché livré à la spéculation, où les propriétaires corporatifs et les fonds d’investissement rachètent des immeubles pour en extraire le maximum de profit. Dans Hochelaga, Limoilou, Saint-Sauveur, Pointe-Saint-Charles, les quartiers populaires se vident de leurs résident·es historiques au profit de condos hors de prix et de locations Airbnb. Les hausses de loyer dépassent régulièrement les 20, 30, parfois 40 %, rendant impossible pour les ménages à revenu modeste de rester chez eux. La gentrification n’est pas un phénomène esthétique : c’est un processus violent de déplacement social orchestré par la classe possédante.
Sur le terrain, les organismes de défense des droits des locataires croulent sous les appels. « On a des gens qui nous disent qu’ils ne savent pas où ils vont dormir le 2 juillet », témoigne une intervenante d’un comité logement montréalais. Les stratégies de survie se multiplient : cohabitation forcée, sous-location précaire, retour chez les parents quand c’est encore possible, ou installation dans des logements insalubres par manque d’options. La solidarité de voisinage existe, mais elle ne peut pas compenser l’absence totale de volonté politique. Pendant ce temps, les propriétaires augmentent les loyers en toute impunité, sachant que la demande est telle qu’ils trouveront toujours preneur.
Le gouvernement se gargarise de « plans d’action » et de « fonds pour le logement social », mais les chiffres parlent d’eux-mêmes : on construit à peine quelques milliers d’unités abordables par année alors qu’il en faudrait des dizaines de milliers pour rattraper le retard. Les listes d’attente pour les HLM s’allongent, les subventions au logement sont ridicules comparées aux besoins réels, et le contrôle des loyers demeure symbolique tant les mécanismes d’application sont faibles. Pendant ce temps, les promoteurs immobiliers encaissent les subventions publiques pour construire du « mixte » où l’abordable n’existe que sur papier, et les municipalités continuent d’approuver des projets qui aggravent la crise.
Le logement n’est pas une marchandise : c’est un droit humain fondamental. Tant qu’on laissera le marché dicter qui mérite un toit et à quel prix, on condamnera des milliers de personnes à l’instabilité, à la précarité, à l’exclusion. Les 3200 ménages de ce 1er juillet 2026 sont les victimes d’un système économique qui place le profit avant la dignité. Il est temps de retirer le logement du marché spéculatif, de construire massivement du social, de geler les loyers et d’exproprier les propriétaires abusifs. Parce qu’aucune société ne devrait tolérer qu’autant de monde se retrouve à la rue pendant que d’autres s’enrichissent sur leur dos.





