Le Fonds de solidarité FTQ vient d’annoncer un rendement annuel de 8,6 % pour l’exercice 2025-2026, portant la valeur de son action à 70,07 $. Dans un contexte où les marchés boursiers ont connu une volatilité importante et où plusieurs fonds de pension peinent à atteindre leurs objectifs de rendement, cette performance mérite qu’on s’y attarde. Ce n’est pas simplement une bonne nouvelle comptable : c’est la démonstration qu’un modèle d’investissement ancré dans l’économie réelle, guidé par des critères sociaux et environnementaux, peut générer des rendements compétitifs. Le Fonds, créé en 1983 par la Fédération des travailleurs du Québec, gère aujourd’hui plus de 18 milliards de dollars d’actifs et compte près de 750 000 actionnaires, principalement des travailleurs québécois qui bénéficient d’avantages fiscaux en y investissant via leurs REER.
Contrairement aux fonds spéculatifs qui misent sur la liquidité immédiate et les gains à court terme, le Fonds de solidarité FTQ pratique ce qu’on appelle l’investissement patient. Son mandat légal l’oblige à investir au moins 60 % de son actif net dans des entreprises québécoises, souvent des PME en croissance ou en transition. Cette approche crée un lien direct entre l’épargne des travailleurs et le développement économique régional. Les données du Fonds montrent qu’il soutient actuellement environ 3 400 entreprises partenaires et contribue au maintien ou à la création de plus de 250 000 emplois au Québec. Ce modèle, loin d’être incompatible avec la performance financière, semble au contraire bénéficier d’une meilleure résilience face aux chocs de marché, précisément parce qu’il privilégie des investissements diversifiés et enracinés dans l’économie productive.
Le rendement de 8,6 % dépasse celui de nombreux fonds traditionnels cette année, mais il reflète aussi une stratégie d’investissement qui intègre des critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) sans sacrifier la rigueur financière. Le Fonds a notamment accru ses investissements dans les secteurs des technologies propres, de l’électrification des transports et de l’économie circulaire, des domaines porteurs tant sur le plan financier qu’environnemental. Cette convergence n’est pas fortuite : elle témoigne d’une transformation structurelle de l’économie où les entreprises qui anticipent les transitions écologiques et sociales sont mieux positionnées pour croître. Les données académiques récentes, notamment celles de l’Université Laval et de HEC Montréal, confirment que l’intégration de critères ESG améliore la gestion des risques à long terme et peut même améliorer les rendements ajustés au risque.
Bien sûr, le modèle n’est pas exempt de limites. Le Fonds doit composer avec son double mandat – rendement financier et impact économique – ce qui peut parfois créer des tensions. Certains analystes soulignent que la contrainte géographique limite la diversification internationale, bien que le Fonds ait développé des partenariats stratégiques pour atténuer ce risque. De plus, la mesure de l’impact social et environnemental demeure imparfaite : comment quantifier précisément la qualité des emplois créés ou l’empreinte carbone évitée ? Ces questions méthodologiques restent ouvertes. Néanmoins, la transparence du Fonds, soumis à des règles strictes de reddition de comptes et à un contrôle démocratique via ses assemblées générales, offre des garanties que la finance privée traditionnelle ne peut égaler.
Le succès du Fonds de solidarité FTQ démontre qu’une autre finance est non seulement possible, mais viable. Face à la montée des inégalités et à l’urgence climatique, ce modèle d’investissement patient, ancré localement et socialement responsable, offre une alternative crédible à la logique spéculative dominante. Il ne s’agit pas de romantiser l’expérience : le Fonds opère dans un cadre capitaliste, cherche la rentabilité et fait des arbitrages difficiles. Mais il prouve qu’on peut aligner performance financière, création d’emplois de qualité et transition écologique. Pour les décideurs publics et les épargnants, c’est un signal fort : la finance peut servir le bien commun, à condition qu’on lui donne les bons incitatifs, la bonne gouvernance et qu’on mesure sa réussite autrement que par le seul enrichissement des actionnaires. Le défi est maintenant de généraliser ces pratiques et de créer un écosystème où l’investissement responsable devient la norme, pas l’exception.





