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Fête nationale Québec : l’identité masque l’inégalité

On danse sur les Plaines avec des fleurdelisés plein les bras, on crie « Chez nous! », on pleure devant des hymnes patriotiques et on se congratule d’être « fiers » — pendant ce temps, des milliers de Québécois·es dorment dans des logements insalubres, attendent six mois pour voir un médecin, ou sautent des repas pour payer le loyer. Cette ferveur nationaliste qui rappelle 1995, célébrée avec emphase par les politiciens de tous bords, masque une vérité grinçante : on peut brandir tous les drapeaux du monde, ça ne réchauffe personne quand les services publics s’effondrent et que l’État abandonne les plus vulnérables. L’identité devient alors un anesthésiant collectif, une drogue émotionnelle qui nous fait oublier que « faire nation », ça devrait d’abord vouloir dire prendre soin des nôtres — concrètement.

Le 24 juin 2026 a été présenté comme un moment historique, un sursaut d’appartenance inédit depuis le référendum. Les médias mainstream ont multiplié les images de foules euphoriques, de spectacles grandioses, de déclarations enflammées sur « notre » culture, « notre » langue, « notre » héritage. Mais derrière cette mise en scène patriotique se cache une stratégie politique éculée : détourner l’attention. Pendant qu’on célèbre l’unité symbolique, le logement abordable disparaît, les salaires stagnent, les écoles manquent de profs, les urgences débordent. Les chefs politiques qui se bousculent pour embrasser le drapeau sont les mêmes qui sous-financent la santé, refusent d’encadrer les loyers et laissent les jeunes s’endetter pour survivre. Le nationalisme de façade, c’est le meilleur allié du statu quo néolibéral.

Faire nation, ce n’est pas chanter en chœur une fois par année. C’est garantir un toit décent à chaque personne. C’est payer les préposé·es aux bénéficiaires à leur juste valeur. C’est offrir des transports en commun gratuits ou accessibles, des services de garde universels, des soins de santé qui ne dépendent pas du code postal. C’est redistribuer la richesse au lieu de laisser une poignée d’actionnaires accaparer les profits pendant que les travailleur·euses s’épuisent. Mais ce genre de solidarité concrète demande du courage politique, des choix fiscaux progressistes, une rupture avec l’orthodoxie économique — et ça, nos élites n’en veulent pas. Alors elles nous servent du spectacle identitaire, des symboles creux, et espèrent qu’on oubliera l’essentiel.

Les jeunes que je rencontre dans les manifs climat, dans les comités logement, dans les assemblées syndicales ne se laissent plus bercer par cette rhétorique. Iels savent que l’amour du Québec ne peut pas se réduire à un folklore instrumentalisé par des politicien·nes en mal de votes. Iels réclament un patriotisme de justice, un nationalisme qui défend les droits sociaux avant les symboles, qui construit des ponts entre les luttes plutôt que des murs entre « nous » et « eux ». Cette génération exige qu’on arrête de célébrer une identité fantasmée et qu’on s’attaque enfin aux systèmes qui produisent misère et exclusion. C’est cette ferveur-là qui devrait faire vibrer le 24 juin — pas celle des tribunes officielles.

Alors oui, célébrons notre culture, notre langue, notre histoire. Mais cessons de faire comme si brandir un drapeau suffisait à bâtir une communauté digne de ce nom. Le vrai test de notre « fierté nationale », c’est notre capacité à garantir une vie décente à tou·tes. Tant qu’on tolérera que des gens crèvent de pauvreté pendant qu’on chante l’hymne, notre fête nationale restera ce qu’elle est devenue : un spectacle hypocrite qui cache l’abandon systémique des plus précaires. Faire nation, ça commence par refuser que quiconque soit laissé·e pour compte. Le reste, c’est du vent.

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