MayaLefebvre_2026-06-24_trois-visages-du-1er-juillet

Crise du logement au Québec : Marie, Ahmed et Johanne

Marie serre son fils de six ans contre elle en regardant les cartons empilés dans le salon. Dans une semaine, elle doit quitter son logement de Hochelaga-Maisonneuve, mais elle n’a toujours nulle part où aller. Comme elle, Ahmed et Johanne font partie des quelque 3 200 ménages québécois inscrits au registre d’urgence logement à une semaine du traditionnel jour de déménagement. Derrière ces chiffres froids se cachent des histoires de dignité froissée, d’enfants qui changent d’école, et de nuits blanches à chercher désespérément un toit abordable.

Ahmed, travailleur d’usine à temps partiel, n’avait jamais imaginé se retrouver dans cette situation. Après quinze ans dans le même quatre et demi à Montréal-Nord, son propriétaire a vendu l’immeuble. Le nouveau acheteur veut le rénover et le prix proposé dépasse largement ce qu’Ahmed peut se permettre avec son salaire précaire. « Je me sens invisible », confie-t-il, les yeux baissés. « J’ai appelé partout, mais dès qu’ils entendent mon nom ou voient ma situation financière, les portes se ferment. » Sa fierté de toujours avoir payé son loyer à temps ne pèse plus rien face à un marché locatif devenu machine à exclure.

Johanne, 68 ans, vit seule avec sa pension de vieillesse à Québec. Son propriétaire lui a signifié une hausse de loyer qu’elle ne peut absorber. « À mon âge, recommencer à zéro, c’est épuisant », murmure-t-elle en triturant le journal où elle a encerclé des annonces, toutes hors de prix. Elle a pensé demander de l’aide à ses enfants, mais la honte l’en empêche. « J’ai toujours été autonome. Me retrouver à quêter un logement comme si j’étais une mendiante, ça me brise. » Pourtant, c’est bien l’organisme communautaire de son quartier qui l’a finalement prise sous son aile, l’aidant à remplir les formulaires et à contacter le registre d’urgence.

Ces trois histoires révèlent l’ampleur d’une crise qui ne frappe pas au hasard: elle vise les plus vulnérables, ceux dont le budget ne permet aucun écart, ceux que le marché a décidé de sacrifier. Marie doit jongler entre son travail de préposée aux bénéficiaires et les visites de logements, souvent annulées à la dernière minute. Ahmed dort mal, hanté par l’idée de se retrouver à la rue. Johanne a commencé à trier ses affaires, se demandant ce qu’elle devra abandonner si elle trouve seulement un studio. Autour d’eux, des voisins, des collègues, des bénévoles tentent de les épauler, tissant un filet de solidarité fragile mais essentiel.

Le 1er juillet approche, et avec lui l’angoisse de milliers de familles qui ne savent pas encore où elles poseront leurs cartons. Marie, Ahmed et Johanne ne demandent pas la charité, mais simplement un logement décent à un prix qui respecte leur réalité. Leur dignité ne devrait pas dépendre de la spéculation immobilière. Chaque politique du logement devrait porter leur visage, leur fatigue, leur espoir têtu de s’en sortir. Car derrière chaque chiffre du registre d’urgence, il y a une personne qui mérite mieux qu’un déménagement dans l’incertitude et la peur.

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