Le 5 octobre devait marquer un tournant : l’entrée en vigueur d’une nouvelle garantie légale de bon fonctionnement sur les électroménagers, forçant enfin les vendeurs à répondre de la qualité de leurs machines. Mais voilà que BMTC/Tanguay, géant du meuble et de l’électro, se précipite devant les tribunaux pour suspendre cette mesure. Leur message est limpide : ils préfèrent défendre leur droit de vendre de la pacotille plutôt que d’assumer la durabilité de ce qu’ils mettent sur le marché. Pendant ce temps, les familles québécoises, surtout les plus précaires, continuent de cracher des centaines de dollars pour remplacer des laveuses qui rendent l’âme après trois ans.
Cette nouvelle garantie n’est pas un cadeau : c’est un minimum de décence. Elle obligerait les détaillants à garantir que les électroménagers vendus fonctionnent pendant une durée raisonnable, en fonction de leur prix et de leur usage normal. Fini le temps où un frigo à 1 500 $ pète après 18 mois et où le consommateur se fait répondre « désolé, garantie expirée ». Le règlement reconnaît enfin que l’obsolescence programmée n’est pas une fatalité technique, mais un choix commercial cynique. Pourtant, pour Tanguay, cette responsabilité minimale est apparemment intolérable.
Pourquoi cette résistance féroce? Parce que le modèle d’affaires des grands détaillants repose sur la casse planifiée. Vendre des appareils qui durent moins longtemps, c’est garantir des achats répétés, des marges élevées, des profits constants. Les ménages à faible revenu, eux, n’ont pas les moyens de jouer ce jeu : chaque remplacement prématuré les enfonce davantage dans la précarité. Une mère monoparentale qui doit débourser 800 $ pour une nouvelle laveuse parce que l’ancienne a lâché après deux ans, c’est un mois de loyer qui disparaît. L’obsolescence, ce n’est pas juste un irritant : c’est une violence économique contre ceux qui n’ont pas de coussin financier.
Cette bataille judiciaire révèle un rapport de force brutal : d’un côté, des corporations qui veulent préserver leur business model pourri; de l’autre, des consommateurs abandonnés à leur sort. La contestation de Tanguay prouve que l’autorégulation du marché est un mythe. Sans contrainte légale, les entreprises ne garantiront jamais la qualité : elles maximiseront le profit, point. C’est pourquoi l’intervention de l’État, loin d’être du « paternalisme », est une nécessité démocratique. Une économie qui refuse de répondre de ce qu’elle vend est une économie prédatrice, et c’est exactement ce que défend Tanguay en attaquant cette garantie.
La protection des consommateurs n’est pas une question administrative ou technique : c’est une lutte de justice sociale. Quand un frigo tombe en panne, ce n’est pas juste un « inconvénient » — c’est de la bouffe gaspillée, des repas sautés, du stress ajouté sur des vies déjà tendues. Garantir la durabilité des biens, c’est garantir la dignité des ménages, c’est reconnaître que le droit à des objets fonctionnels n’est pas un privilège de riche. Le 5 octobre doit tenir. Si les tribunaux cèdent à Tanguay, ce sera un signal clair : les profits des vendeurs comptent plus que la survie financière des familles. Et ça, on ne peut pas l’accepter.





