Une ceinture. Un enfant. Une salle de classe. Dans une école privée religieuse du Québec, une enseignante aurait frappé un élève avec une ceinture, laissant une marque qui ne s’efface pas seulement sur la peau. Cette allégation, portée par des parents courageux, soulève une question brutale : combien d’autres enfants subissent des violences dans des institutions où l’opacité se drape de pieuse respectabilité ? Derrière les façades soignées et les discours moralisateurs, certains établissements privés et confessionnels fonctionnent comme des royaumes autonomes, soustraits au regard public, protégés par des structures de pouvoir qui placent la réputation institutionnelle au-dessus de la sécurité des enfants.
Le scandale n’est pas uniquement dans le geste violent lui-même, aussi inacceptable soit-il. Il réside dans le système qui permet à de telles pratiques de perdurer. Les écoles privées, religieuses ou non, opèrent dans un cadre de supervision plus lâche que le réseau public. Les mécanismes de plainte y sont souvent internes, contrôlés par les directions elles-mêmes, transformant les parents en quémandeurs face à des institutions qui se posent en juges de leurs propres pratiques. Quand une famille ose dénoncer, elle se heurte à des murs de silence, à des procédures kafkaïennes, à des délais qui usent et découragent. Pendant ce temps, l’enseignante accusée peut continuer à enseigner, les enfants demeurent exposés, et l’institution protège son image.
Cette affaire illustre l’hypocrisie fondamentale de certains milieux fermés qui se réclament de valeurs supérieures tout en bafouer les droits les plus élémentaires. La foi, le projet éducatif distinctif, la tradition : autant de paravents qui servent trop souvent à justifier l’arbitraire et à esquiver la reddition de comptes. Dans ces espaces clos, le pouvoir s’exerce sans contrepoids réel. Les familles qui choisissent ces écoles, souvent par conviction religieuse ou par recherche d’un enseignement spécifique, se retrouvent piégées entre leur attachement à l’institution et leur devoir de protéger leurs enfants. Pourquoi faut-il du courage pour dénoncer la violence ? Pourquoi les parents doivent-ils craindre l’exclusion sociale ou les représailles spirituelles quand ils réclament simplement la sécurité de leurs enfants ?
L’impunité règne tant que nous acceptons collectivement que certains espaces échappent à la transparence démocratique. Les écoles privées bénéficient de fonds publics, accueillent des enfants citoyens de cette société, mais refusent le niveau de surveillance qui devrait accompagner cette responsabilité. Il est temps d’exiger que toute institution éducative, quelle que soit sa nature, soit soumise aux mêmes standards stricts de protection de l’enfance. Cela implique des inspections régulières, indépendantes et inopinées, des mécanismes de plainte externes et accessibles, et des sanctions réelles pour les manquements. La liberté religieuse et pédagogique ne peut servir de bouclier à la maltraitance.
La sécurité des enfants ne devrait jamais dépendre du courage individuel de parents isolés. Elle devrait être garantie par des structures collectives solides, par une vigilance institutionnelle sans complaisance, par une culture de la transparence qui refuse les zones d’ombre. Cette affaire n’est pas un cas isolé : elle est le symptôme d’un système qui tolère trop de pouvoir discrétionnaire dans des milieux qui se pensent au-dessus des lois communes. Tant que nous n’aurons pas démantelé ces forteresses d’impunité, d’autres enfants paieront le prix de notre indifférence collective. La violence disciplinaire n’a pas sa place dans aucune école, qu’elle soit publique, privée, laïque ou religieuse. Il est temps que la loi et la société le rappellent avec force.





