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Politique-spectacle au Québec : quand tout flambe

Pendant que Québec solidaire clame son refus d’un troisième lien et que les partis s’échangent des slogans comme des cartes Pokémon sur les réseaux sociaux, des milliers de ménages québécois ne savent plus comment boucler leur mois. L’inflation grignote les budgets, les loyers explosent, les files d’attente s’allongent dans les cliniques et les banques alimentaires débordent. Mais voilà : la campagne électorale roule à plein régime sur des débats-spectacles où l’outrance fait plus de clics que les solutions réelles. On nous vend du théâtre pendant que le décor brûle.

Cette logique des réseaux sociaux a métastasé le débat démocratique. Chaque prise de position devient un appât à engagement, chaque déclaration une munition pour le cirque viral. Les algorithmes récompensent la controverse, pas la substance. Résultat : on passe plus de temps à débattre de la forme d’un tunnel hypothétique qu’à parler du fait que 40 % des locataires consacrent plus de 30 % de leur revenu au loyer. On s’indigne sur commande, on partage des cartes électorales comme des mèmes, et pendant ce temps, les vraies urgences — logement, transport accessible, soins de santé, éducation publique, pouvoir d’achat — sont reléguées au second plan.

Pourtant, derrière chaque slogan se cachent des choix fiscaux et budgétaires qui dessinent un rapport de force social brutal. Qui paie pour les infrastructures ? Qui profite des baisses d’impôt ? Qui assume l’austérité déguisée en gestion responsable ? Ces questions ne se posent jamais dans les clips de 15 secondes. On préfère polariser sur des symboles — un pont, un tunnel, un logo — plutôt que de rendre des comptes sur les vrais transferts de richesse. Parce que pointer du doigt les profiteurs du système, ça fait moins de likes que de taper sur l’adversaire politique du jour.

Cette politique-spectacle sert parfaitement les intérêts de ceux qui veulent que rien ne change. Tant qu’on s’agite sur des débats de surface, on ne touche pas aux structures : la spéculation immobilière qui enrichit les propriétaires pendant que les locataires s’appauvrissent, le sous-financement chronique des services publics qui nourrit leur privatisation rampante, les cadeaux fiscaux aux entreprises pendant qu’on demande aux ménages de se serrer la ceinture. Le spectacle médiatique détourne le regard de l’essentiel, et c’est exactement ce qu’on veut de nous : des spectateurs indignés mais passifs.

Il est temps de reprendre le débat aux machines à slogans. De ramener sur la table les vraies priorités : un plan massif de logement social, un transport collectif gratuit et étendu, des services publics robustes et universels, une fiscalité progressive qui fait payer les riches et les grandes entreprises. De transformer l’indignation en organisation, le scroll en mobilisation. Parce qu’au bout du compte, la seule campagne qui compte, c’est celle qu’on mène ensemble dans la rue, sur nos lieux de travail, dans nos quartiers. Et celle-là, elle ne se gagne pas à coups de tweets percutants, mais de solidarité concrète et de luttes collectives.

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