CamilleDufresne_2026-09-28_gaspesie_invisible

Mépris de la Gaspésie : quand l’invisibilisation devient système

Le maire de Gaspé, Daniel Côté, l’a dit tout haut: «On ne mérite même pas de se faire cruiser.» Pendant que les chefs de parti se pavanent dans les amphithéâtres de Montréal et Québec, la Gaspésie et la Côte-Nord restent des angles morts. Pas rentables électoralement, trop loin des caméras, trop compliquées à intégrer dans un clip viral. Pourtant, ces territoires portent l’économie: extraction minière, hydro-électricité, éoliennes, pêches. On prend leur vent, leur poisson, leur minerai. Mais leurs voix? Elles ne méritent même pas un arrêt de campagne. Ce mépris n’est pas un oubli: c’est une logique politique qui classe les vies selon leur poids électoral.

Pendant ce temps, le climat frappe fort. L’érosion des berges avale des maisons, les événements météo extrêmes bouleversent les cycles de pêche, les infrastructures craquent sous les tempêtes. La transition écologique, on nous la vend comme inévitable, mais pour qui? Les éoliennes poussent en Gaspésie sans que les communautés locales touchent les redevances promises. Les travailleurs des pêches voient leurs saisons devenir imprévisibles, les jeunes fuient faute de logements abordables et de services publics décents. La transition se fait sur leur dos, pas avec eux. Et quand vient le temps de décider, les régions sont exclues de la table.

Cette injustice territoriale n’est pas nouvelle, mais elle s’aggrave. Le logement est inaccessible même en région, le transport public inexistant, les hôpitaux surchargés. Pendant qu’on débat de densification urbaine et de REV à Montréal, des communautés entières survivent sans bus, sans médecin, sans espoir. La crise climatique amplifie ces inégalités: les infrastructures vieillissantes ne résistent pas, les catastrophes naturelles frappent plus durement les territoires éloignés, l’aide tarde à arriver. On extrait, on exporte, on rentabilise, mais on n’investit pas. Les régions sont traitées comme des zones de sacrifice économique et écologique.

Ce que dénonce Daniel Côté, c’est un système qui réduit la démocratie à un calcul de rendement médiatique. Les chefs ignorent la Gaspésie parce qu’elle ne rapporte pas assez de votes, parce qu’elle ne fait pas les manchettes. Mais ce mépris nourrit une colère légitime. Les gens des régions ne veulent pas de pitié, ils veulent du pouvoir décisionnel. Ils veulent que les projets énergétiques, les plans de transition, les investissements publics se fassent avec eux, pas malgré eux. Ils veulent que leurs vies comptent autant que celles des électeurs des banlieues montréalaises.

La transition écologique sera juste ou ne sera pas. Si on continue de traiter les régions comme des décors exploitables, on construit une écologie de classe qui reproduit les mêmes violences que le capitalisme extractiviste. L’urgence climatique exige qu’on écoute ceux qui vivent déjà les impacts, qu’on intègre les travailleurs et les communautés dans les décisions, qu’on redistribue les richesses produites sur leurs territoires. La Gaspésie et la Côte-Nord ne demandent pas la charité: elles exigent la justice. Et si nos chefs politiques ne sont même pas capables de s’y arrêter en campagne, comment peuvent-ils prétendre bâtir un avenir pour tout le Québec?

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