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Nada Boumeftah : quand l’algorithme remplace le programme politique

La « vague rouge » déferle sur nos écrans. Partout, des téléphones vibrent, des notifications explosent, l’algorithme fait son travail : Nada Boumeftah est tendance. Mais derrière l’emballement numérique, derrière les stories Instagram et les retweets enflammés, une question brûlante s’impose : sommes-nous en train d’élire une idée ou de scroller un récit de victoire préfabriqué? Les plateformes ne mentent pas : elles amplifient l’émotion, le spectacle, le moment viral. Et dans cette économie de l’attention où Maurice Richard devient mème et où le triomphe personnel éclipse le collectif, on oublie ce qui compte vraiment : les loyers impayables, les services publics amputés, les travailleurs·euses épuisé·e·s qui attendent plus qu’un hashtag.

L’engouement autour de Boumeftah n’est pas un accident : c’est le fruit d’une machinerie bien rodée où la politique devient brand, où le charisme remplace le programme, où l’identification personnelle prime sur l’organisation collective. Les algorithmes de TikTok, Facebook et Instagram adorent ça : une candidate jeune, inspirante, qui « casse les codes », qui fait rêver. Mais rêver de quoi, exactement? De représentation symbolique ou de transformation matérielle? La différence n’est pas cosmétique, elle est vitale. Pendant qu’on célèbre l’ascension individuelle, les budgets d’austérité passent en silence, les logements sociaux disparaissent, les urgences débordent. La vague rouge risque de n’être qu’une vague de surface si elle ne s’ancre pas dans un projet réel, radical, redistributif.

Ce qui inquiète, c’est la logique même de cette viralité : elle valorise la réaction immédiate, le clic, le partage instinctif, au détriment de la réflexion, du débat, de la construction programmatique. On ne vote plus pour des idées, on vote pour des récits, pour des trajectoires, pour des « moments ». Et les médias traditionnels, loin de résister, amplifient le phénomène : ils couvrent la tendance, pas le fond; ils parlent de la vague, pas de ce qu’elle pourrait changer concrètement. Résultat? Une politique de l’image, du storytelling, de l’affect, qui laisse les questions structurelles — inégalités, crise climatique, accès aux soins, précarité — dans l’angle mort. C’est dangereux, parce que ça désarme la critique, ça anesthésie la vigilance, ça remplace l’engagement par le divertissement.

Pourtant, les enjeux sont là, criants, urgents. Les locataires qui crèvent sous les hausses de loyer, les familles qui peinent à boucler les fins de mois, les jeunes qui ne voient aucun avenir dans un système qui les broie. Ces personnes-là n’ont pas besoin d’une icône : elles ont besoin de politiques concrètes, de logements abordables, de salaires décents, de services publics renforcés, de justice climatique. Elles ont besoin qu’on arrête de vendre du rêve et qu’on construise du réel. Si Nada Boumeftah veut être autre chose qu’un phénomène de réseaux sociaux, elle devra prouver que sa vague porte plus qu’un récit de victoire personnelle : elle devra porter un projet de rupture avec le capitalisme dérégulé, l’extractivisme, la précarisation généralisée. Sinon, l’enthousiasme retombera aussi vite qu’il est monté.

Alors oui, méfions-nous de l’algorithme qui décide pour nous ce qui mérite notre attention. Méfions-nous de la politique convertie en campagne publicitaire, de l’émotion déconnectée du programme, de la personnalisation qui dilue le collectif. Et exigeons mieux : une politique qui parle des vies réelles, qui nomme les responsables, qui propose des solutions systémiques, qui organise la colère plutôt que de la monétiser. La vague rouge ne doit pas être un trend éphémère, mais une marée montante qui emporte les injustices. C’est à ce prix — et à ce prix seulement — qu’elle vaudra la peine d’être défendue.

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