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Main tendue du PLQ : l’abandon social en débat

Charles Milliard a choisi l’ouverture comme stratégie politique. Dès ses premiers mots en tant que chef du Parti libéral du Québec, il tend la main aux caquistes déçus, aux souverainistes modérés, à tous ceux qui cherchent un port dans la tempête électorale à venir. Une main tendue, c’est noble sur papier. Mais quand cette main ne porte aucun projet de justice sociale concret, quand elle sert uniquement à élargir une base électorale sans transformer les conditions matérielles de vie, elle devient un geste vide. Un geste qui neutralise le débat sur les vraies urgences : le coût du loyer qui explose, les écoles qui s’effondrent, les urgences hospitalières où on meurt en attendant. La collaboration, quand elle ne redistribue rien, n’est qu’une diversion.

Le repositionnement de Milliard s’inscrit dans cette obsession persistante du prochain scrutin, cette mécanique électorale qui réduit la politique à une guerre de pourcentages et de sondages. On ne parle plus de vision, on parle de coalition. On ne parle plus de transformation, on parle de récupération. Les libéraux, longtemps perçus comme le parti de l’establishment économique et de l’austérité déguisée en pragmatisme, tentent maintenant de ratisser large sans jamais promettre de redistribution des richesses, sans jamais mentionner un véritable renforcement des services publics. Ce que Milliard propose, c’est une alliance tactique, pas une révolution sociale.

Pendant ce temps, les loyers continuent de grimper à un rythme insoutenable pour des milliers de ménages québécois. Les salaires stagnent pendant que l’inflation gruge le pouvoir d’achat. Les jeunes, qu’on prétend courtiser, se demandent comment ils pourront un jour se loger décemment, accéder à des soins de santé mentale sans attendre des mois, ou espérer un avenir qui ne soit pas hypothéqué par la crise climatique. Ces urgences concrètes, viscérales, ne trouvent aucun écho dans un discours de «collaboration» qui évite soigneusement de nommer les responsables systémiques de cette précarité généralisée. L’État a abdiqué ses responsabilités de protection sociale, et aucun parti mainstream ne semble prêt à reprendre ce flambeau.

La « collaboration » sans redistribution ni protection sociale, c’est exactement le piège dans lequel nous tombons depuis des décennies. On nous vend la modération comme vertu, le consensus comme sagesse, alors qu’en réalité ces mots servent à étouffer toute remise en question du modèle économique dominant. Milliard parle d’ouverture, mais ouvre-t-il la porte à un réinvestissement massif dans le logement social? À une réforme fiscale qui taxerait enfin les plus riches? À une nationalisation de secteurs clés pour garantir des services accessibles à tous? Non. Il ouvre la porte à ceux qui veulent changer d’étiquette sans changer de système.

Ce dont le Québec a besoin, ce n’est pas d’un autre gestionnaire consensuel. C’est d’un État fort, redistributif, qui ose défier les intérêts privés et remettre la justice sociale au cœur de son projet. Les jeunes, les précaires, les travailleuses et travailleurs épuisés ne veulent pas de votre main tendue si elle ne tient rien. Ils veulent des garanties concrètes : un logement abordable, des soins accessibles, une éducation de qualité, une transition écologique juste. Le débat politique doit cesser d’être une chorégraphie électorale pour redevenir un affrontement d’idées sur le type de société que nous voulons bâtir. Et si Milliard veut vraiment tendre la main, qu’il commence par ouvrir les coffres de l’État et fermer les portes aux lobbys corporatifs.

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