On les appelle «services essentiels», ces organismes communautaires qui nourrissent, hébergent, soignent. Mais qu’est-ce qu’un service essentiel quand il ferme ses portes faute de fonds? Quand les travailleuses sociales craquent une à une, quand les listes d’attente s’allongent jusqu’à l’absurde? Partout au Québec, le filet de sécurité sociale ne retient plus personne: il est troué, effiloché, maintenu à bout de bras par des gens qui donnent leur santé mentale pour compenser l’abandon de l’État. Ce n’est pas une fatalité climatique ou une pandémie surprise. C’est un choix politique, froid et calculé, de déléguer la solidarité aux plus précaires.
Regardons les faits en face: les organismes communautaires fonctionnent avec des budgets de misère, renouvelés à la petite semaine, pendant que les gouvernements signent des chèques en blanc aux pétrolières et aux promoteurs immobiliers. Les travailleuses du communautaire gagnent moins que le salaire viable, font du temps supplémentaire non payé, s’épuisent à refuser des gens dans le besoin parce qu’il n’y a plus de place, plus de ressources, plus rien. Et pendant ce temps, les ministres nous servent des discours sur «l’importance du secteur communautaire» tout en refusant de financer sa mission de base. L’hypocrisie est insoutenable.
Ce modèle repose sur une logique néolibérale brutale: privatiser les profits, socialiser la détresse. On coupe dans les services publics, on ferme des lits d’hôpitaux, on abandonne les personnes en situation d’itinérance, puis on attend que les familles et les bénévoles ramassent les morceaux. Résultat? Des mères épuisées qui deviennent aidantes naturelles à temps plein, des organismes qui croulent sous la demande, des travailleuses sociales en burnout collectif. La solidarité ne peut pas reposer sur la bonne volonté et la charité. Elle doit être structurelle, financée, garantie par l’État.
La crise des services communautaires n’est pas isolée: elle est intimement liée à la crise du logement, à l’explosion de l’itinérance, à l’effondrement du réseau de la santé. Tout se tient. Quand on ne prévient pas, quand on ne soutient pas en amont, les gens tombent. Et quand ils tombent, il n’y a plus personne pour les rattraper. Les urgences débordent, les refuges affichent complet, les lignes d’écoute saturent. Ce n’est pas un manque de ressources dans l’absolu: c’est un problème de redistribution. L’argent existe, il coule vers les mauvaises poches.
Alors oui, ce système est révoltant. Mais il est aussi réversible. Chaque dollar détourné vers la spéculation immobilière pourrait financer des logements sociaux. Chaque subvention aux énergies fossiles pourrait sauver des dizaines d’organismes communautaires. Il faut arrêter de traiter la solidarité comme une option charitable et la reconnaître comme un droit fondamental. Il faut financer la base, pas les sommets. Les organismes communautaires ne demandent pas la charité: ils exigent justice. Et nous devons exiger avec eux, dans la rue s’il le faut, que l’État assume enfin ses responsabilités envers les plus vulnérables. Le filet social doit être retissé, solide, public, pour toutes et tous.





