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Armement des contrôleurs routiers au Québec : critique

Depuis ce matin, des contrôleurs routiers québécois patrouillent nos routes avec une arme de poing à la ceinture. Ce n’est pas un détail technique, ni une simple mise à jour des protocoles de sécurité. C’est un choix politique brutal qui révèle la direction qu’emprunte notre société : celle d’un État qui préfère armer ses agents plutôt que de s’attaquer aux racines des tensions sociales. Pendant que nos écoles manquent de psychologues, que nos urgences débordent et que des milliers de Québécois·es dorment dans la rue, le gouvernement trouve l’argent pour militariser la surveillance routière. Cette dérive sécuritaire n’est pas le fruit du hasard ; elle est le symptôme d’un projet politique qui fait de la coercition sa réponse par défaut.

L’argument officiel ? Protéger les contrôleurs face à des camionneurs parfois agressifs. Mais qu’ont fait nos décideurs pour désamorcer cette violence à la source ? Ont-ils investi massivement dans la formation aux techniques de désescalade, dans le soutien psychologique des travailleur·euses de la route, dans des conditions de travail dignes qui réduisent le stress et l’épuisement ? Non. Ils ont sorti les pistolets. Cette logique fait froid dans le dos : au lieu de prévenir les conflits par l’amélioration des conditions matérielles, on les gère par la menace de la force. C’est le même raisonnement tordu qui justifie plus de policiers dans les écoles plutôt que plus de travailleurs sociaux, plus de caméras dans les quartiers pauvres plutôt que plus de logements abordables.

Le contraste est insoutenable. Pendant que le gouvernement Legault trouve des millions pour armer ses contrôleurs, les enseignant·es achètent des crayons de leur poche, les infirmières s’effondrent de surcharge et les organismes communautaires ferment faute de financement. Cette hiérarchie budgétaire n’est pas neutre : elle traduit une vision du monde où l’ordre public prime sur le bien-être collectif, où surveiller et punir coûte moins cher politiquement que redistribuer et prendre soin. Nos routes n’ont pas besoin de cow-boys armés ; elles ont besoin d’infrastructures sécuritaires, de conducteur·trices reposé·es, de formation adéquate et de services d’urgence bien financés. Mais ces solutions-là exigent de remettre en question les priorités économiques du capitalisme tardif québécois.

Cette militarisation rampante fracture aussi la relation entre l’État et la population. Chaque fois qu’on ajoute une arme dans une interaction quotidienne — contrôle routier, inspection du travail, visite scolaire — on transforme la citoyenneté en rapport de force potentiel. La confiance s’érode, remplacée par la méfiance et la peur. Et qui paiera le prix de cette escalade ? Les personnes racisées, les travailleur·euses précaires, les migrant·es : celles et ceux qui sont déjà surciblé·es par les appareils répressifs. Où sont les mécanismes indépendants de reddition de comptes ? Qui évaluera l’impact réel de cette mesure sur la sécurité versus ses effets délétères sur les libertés et la cohésion sociale ? Le silence assourdissant du gouvernement sur ces questions trahit son mépris pour la démocratie participative.

Un État véritablement progressiste ne se contente pas de gérer les symptômes du désordre social à coups de matraques et de balles. Il s’attaque aux causes : la précarité, l’exploitation, l’exclusion, le manque de services publics. Il investit dans l’éducation, la santé mentale, le logement, les transports collectifs. Il désarme les tensions en comblant les besoins. L’armement des contrôleurs routiers n’est qu’un nouveau maillon dans la chaîne d’un projet autoritaire qui se normalise peu à peu. Si on ne l’arrête pas maintenant, demain ce seront d’autres fonctionnaires, d’autres espaces publics, d’autres corps qui porteront l’insigne de cette violence d’État. Il est encore temps de choisir un autre chemin : celui de la justice sociale, de la solidarité et de la réduction des inégalités. Mais il faut agir vite, avant que le Québec ne devienne une forteresse armée contre son propre peuple.

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