Camille_Dufresne_2026-06-16_mississippi_bebe_tue_pepsi

Bébé tué au Mississippi : violence policière et Pepsi

Un enfant d’un an est mort au Mississippi. Pas d’une maladie, pas d’un accident : abattu lors d’une intervention policière déclenchée par le vol présumé de cannettes de Pepsi dans un Walmart. Laissez cette phrase vous brûler la gorge comme elle devrait brûler la conscience collective. Dans l’ordre social qui est le nôtre, la marchandise vaut plus que la vie. Les profits d’un géant multinational pèsent plus lourd que le souffle d’un nourrisson. La police américaine, bras armé d’un système qui criminalise la survie, a encore tué. Et cette fois, la victime portait des couches.

Ce drame n’est pas une bavure isolée, c’est la logique implacable d’un État qui protège la propriété privée par la force létale. Des cannettes. Parlons-en : quelques dollars de boisson gazeuse, propriété d’une corporation qui engrange des milliards pendant que des familles crèvent de faim. Et pour ça, on mobilise des agents armés, on provoque une poursuite, on tire. Walmart et ses semblables construisent des châteaux de profits sur le dos des précaires, appellent la police au moindre soupçon de vol, puis se lavent les mains du sang versé. Cette violence n’est pas un bug du capitalisme tardif : c’est une fonctionnalité. La pauvreté est criminalisée, la survie est traitée comme un délit, et les pauvres — surtout quand ils sont noirs — deviennent des cibles.

Au Québec et au Canada, on aime se draper dans l’illusion de notre différence. Pourtant, les mêmes mécanismes sont à l’œuvre. La tolérance zéro envers l’itinérance dans les centres-villes, les contrôles de rue qui ciblent les jeunes racisés, les interventions policières lors de crises de santé mentale qui se terminent en tragédie : Koray Kevin Celik à Laval, Mamadi Camara à Montréal, Nicholas Gibbs à Notre-Dame-de-Grâce. Ici aussi, on criminalise la marginalité. Ici aussi, on militarise la réponse aux problèmes sociaux. Les budgets policiers gonflent pendant qu’on coupe dans les services de première ligne, qu’on ferme des refuges, qu’on laisse les gens mourir dans la rue l’hiver. Le message est clair : l’ordre public prime sur la dignité humaine.

Cette hiérarchie des vies est au cœur du projet colonial, racial et capitaliste qui structure nos sociétés. Les vies noires, les vies pauvres, les vies précaires n’ont jamais compté autant que les vies blanches, riches, stables. Un enfant meurt pour des cannettes volées, et le système hausse les épaules. Combien de PDG ont été arrêtés pour l’exploitation de leurs employés, pour l’évasion fiscale, pour les dommages environnementaux qui tuent des milliers de personnes par an? Combien de flics ont été condamnés pour avoir tiré sur des innocents? L’impunité structurelle protège ceux qui détiennent le pouvoir et écrase ceux qui n’ont rien. Le bébé du Mississippi rejoint une liste interminable de victimes sacrifiées sur l’autel du maintien de l’ordre néolibéral.

Il est temps d’exiger autre chose. Démilitariser la police, déjudiciariser la pauvreté, investir massivement dans le logement social, la santé mentale, les services communautaires. Il faut arrêter de traiter la survie comme un crime et commencer à traiter le capitalisme prédateur comme ce qu’il est : un système qui tue. Les grandes chaînes comme Walmart doivent être tenues responsables des violences qu’elles déclenchent en appelant les forces de l’ordre pour des vols mineurs. Les corps policiers doivent cesser d’intervenir dans des situations où des travailleurs sociaux et des intervenants communautaires feraient bien mieux. Et surtout, il faut refuser de normaliser l’inacceptable. Un bébé est mort pour du Pepsi. Si cette phrase ne vous révolte pas jusqu’aux tripes, c’est que le système a déjà gagné.

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