Le gouvernement libéral a franchi un nouveau cap : survivre à un vote de confiance sans disparaître, mais sans véritablement gouverner non plus. Dans un parlement suspendu au bon vouloir du NPD, le budget fédéral 2025 a été adopté par défaut, faute de meilleure option ou d’élan rassembleur. Ces votes techniques, loin d’être des plébiscites, soulignent une fatigue démocratique : celle d’un électorat qui ne sanctionne pas mais n’adhère plus, et d’un pouvoir qui mise sur l’inaction des autres plutôt que sur sa propre vision.
Dans ce budget, des engagements en santé, en fiscalité équitable et en transition énergétique sont énoncés — mais rarement matérialisés. Ottawa promet 3,7 milliards $ d’investissements supplémentaires en santé, un chiffre impressionnant jusqu’à ce qu’on le mette en contexte : selon l’ICIS, il en faudrait plus de 10 milliards juste pour stabiliser les soins primaires au niveau pré-pandémie. La citation d’un médecin de Gatineau résume le sentiment général : « Où sont les soins ? »
La déconnexion entre le narratif budgétaire et le vécu des Canadiens saute aux yeux. Sur la transition écologique, les annonces sont timides : 900 millions $ pour l’hydrogène vert, alors que le secteur pétrolier continue de bénéficier de subventions dix fois supérieures. Quant à la fiscalité, les propositions de surtaxe sur les ultra-riches restent symboliques. Le Canada ne taxe toujours pas les fortunes comme ses partenaires du G7, et les revenus passifs des 0,01 % les plus riches échappent majoritairement aux hausses marginales prévues.
En coulisse, ce budget est plus un exercice d’équilibre politique qu’un véritable plan d’action. Les libéraux tentent de contenter le NPD avec quelques mesures sociales, tout en évitant de froisser les marchés ou les provinces. Résultat : un document hybride, sans cap clair, qui fait du surplace pendant que les crises — logement, santé, climat — avancent. L’illusion d’une stabilité parlementaire masque une absence flagrante de leadership structurant. Chaque compromis ponctuel retarde l’audace collective.
Gouverner, ce n’est pas survivre à répétition, c’est transformer. Or, les chiffres sont têtus : l’investissement fédéral réel en soins de santé, une fois l’inflation déduite, est en baisse depuis 2021. La part des revenus fiscaux venant des grandes fortunes, elle, stagne à moins de 3 %. Il y a ici un choix politique répété : préférer le terrain connu au courage fiscal. Sans surprise, les Canadiens se demandent pourquoi tant de discours produisent si peu d’effets. Le budget 2025 répond : ils gouvernent pour rester, pas pour changer.





