CamilleDufresne_2026-09-18_genant

Campements de fortune : l’indignation ne remplace pas l’action

Paul St-Pierre Plamondon trouve « gênante » la multiplication des campements de fortune dans nos villes. Gênant pour qui, exactement? Pour les personnes qui dorment sous des bâches trouées en plein hiver québécois, ou pour les élus qui doivent croiser leur regard en chemin vers l’Assemblée nationale? Ce choix de mot révèle tout le malaise d’une classe politique qui préfère les euphémismes moraux aux réponses structurelles. Pendant ce temps, des centaines de personnes survivent dans des conditions indignes, témoins vivants de l’effondrement de notre filet social et de décennies de désinvestissement en logement social.

Les campements ne sont pas une anomalie : ils sont le résultat prévisible et documenté d’une crise du logement qu’on a laissé pourrir. Quand le loyer moyen dépasse 1 500$ pour un trois et demi à Montréal, quand les chèques d’aide sociale stagnent autour de 700$ par mois, quand les listes d’attente pour un HLM s’étirent sur des années, où voulez-vous que les gens aillent? La « gêne » exprimée par PSPP, comme celle de tant d’autres élus avant lui, ignore volontairement cette équation brutale. On s’indigne du symptôme visible tout en fermant les yeux sur les causes systémiques : la marchandisation du logement, la précarisation du travail, le démantèlement des services publics.

Ce qui devrait véritablement nous gêner, c’est l’écart abyssal entre les discours compatissants et l’absence criante de financement. Les organismes communautaires qui travaillent sur le terrain réclament depuis des années des ressources adéquates pour l’hébergement d’urgence, l’accompagnement, la santé mentale et les toxicomanies. Ils obtiennent des miettes budgétaires et des programmes à courte vue, quand ce n’est pas carrément de l’indifférence. Les municipalités, elles, se retrouvent seules à gérer une crise sociale qui dépasse largement leurs compétences et leurs moyens. Québec se lave les mains, Ottawa tergiverse, et entre les deux paliers, des êtres humains crèvent de froid.

La responsabilité politique est collective, mais le Parti Québécois, comme la CAQ et les libéraux avant eux, a toujours privilégié la rhétorique à l’action concrète en matière de logement. Où sont les milliers d’unités de logement social promises? Où est la réglementation musclée pour freiner la spéculation immobilière et protéger les locataires? Où est le plan d’urgence pour les personnes en situation d’itinérance chronique? Pendant que les partis s’offusquent poliment en Chambre, les campements s’étendent, les évictions se multiplient, et le nombre de personnes sans toit explose. La « gêne » politique devient alors une posture morale bon marché, qui permet de paraître sensible sans rien risquer.

Il est temps de nommer ce cynisme pour ce qu’il est : un abandon déguisé en empathie. Les campements ne disparaîtront pas parce qu’on les trouve gênants, pas plus qu’ils ne se résoudront par des opérations policières ou des déplacements forcés. Ce qu’il faut, c’est un réinvestissement massif dans le logement social, un revenu décent pour toutes et tous, des services de santé mentale et de désintoxication accessibles, et une volonté politique qui place la dignité humaine au-dessus des intérêts du marché. Tant que nos élus continueront de confondre malaise personnel et justice sociale, tant qu’ils préféreront les déclarations pudiques aux budgets substantiels, les campements resteront là, rappelant à chaque coin de rue l’échec cuisant de notre contrat social.

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