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Cégep de Saint-Hyacinthe évacué: nos écoles tombent

Le cégep de Saint-Hyacinthe a été évacué cette semaine suite à des problèmes structurels majeurs détectés dans ses bâtiments vieillissants. Des centaines d’étudiant·e·s se retrouvent sans lieu d’apprentissage, chassé·e·s par des infrastructures qu’on a laissées pourrir pendant des décennies. Ce n’est pas un accident: c’est le résultat prévisible d’une politique d’austérité qui sacrifie systématiquement l’éducation publique sur l’autel du « faire plus avec moins ». Pendant que nos gouvernements trouvent toujours des milliards pour subventionner les pétrolières et offrir des cadeaux fiscaux aux mieux nantis, nos écoles s’effritent littéralement sous nos pieds.

Saint-Hyacinthe n’est que la pointe visible d’un iceberg monumental. Partout au Québec, les cégeps et universités accumulent un déficit d’entretien dépassant les milliards de dollars. Des toits qui coulent, de l’amiante jamais retiré, des systèmes de ventilation défaillants, des fissures structurelles ignorées année après année. On demande au personnel enseignant de faire des miracles pédagogiques dans des bâtiments malades, pendant que les étudiant·e·s respirent de l’air vicié et étudient sous des plafonds menaçants. Cette normalisation du délabrement constitue une violence systémique envers celles et ceux qui construisent l’avenir collectif.

La logique néolibérale qui gouverne nos institutions publiques transforme chaque dollar non investi en risque transféré. Quand on coupe dans l’entretien préventif, on ne fait pas d’économies: on hypothèque la sécurité des personnes et on multiplie les coûts futurs. Mais ces coûts-là, les étudiant·e·s et le personnel les paient avec leur santé, leur stress, leur sécurité compromise. « On nous répète chaque année qu’il n’y a pas d’argent pour réparer, mais les bâtiments ne négocient pas avec les budgets », m’a confié un·e employé·e syndiqué·e d’un autre cégep qui préfère rester anonyme. « Un jour, quelque chose va céder complètement, et là, on ne pourra plus prétendre qu’on ne savait pas. »

Les conséquences de cette négligence organisée dépassent largement les murs fissurés. Quand des étudiant·e·s doivent étudier dans des conditions précaires, c’est leur réussite même qu’on compromet. Les jeunes des milieux populaires, déjà confronté·e·s à mille obstacles systémiques, se retrouvent dans des environnements d’apprentissage indignes qui amplifient les inégalités. Pendant ce temps, les institutions privées exhibent leurs installations flambant neuves, creusant encore davantage le fossé entre celles et ceux qui peuvent se payer l’éducation de qualité et les autres. Cette situation crée un système à deux vitesses où le lieu de naissance et le compte bancaire déterminent si on apprend dans un environnement sain ou dangereux.

Il est temps d’exiger un virage radical: un plan d’investissement massif dans nos infrastructures publiques d’éducation, financé par une véritable justice fiscale. Des inspections régulières et indépendantes, menées avec la participation des syndicats et des associations étudiantes. Un entretien préventif systématique plutôt que des rafistolages d’urgence. Et surtout, une reconnaissance politique que l’éducation publique n’est pas une dépense mais un investissement dans notre avenir collectif. Les étudiant·e·s de Saint-Hyacinthe méritent mieux que des bâtiments qui s’écroulent. Toute la jeunesse québécoise mérite des espaces d’apprentissage dignes, sécuritaires, inspirants. Cesser de laisser nos écoles tomber en ruines, c’est cesser de laisser tomber toute une génération.

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