Dans un petit appartement de Montréal-Nord, Amina serre contre elle son bébé de six mois. Elle a fui la violence au Nigéria pour protéger son enfant, espérant trouver au Québec un havre de paix. Aujourd’hui, cette paix est à nouveau menacée : la récente décision du gouvernement Legault de conditionner l’aide sociale pour les demandeurs d’asile à la recherche active d’un emploi plonge des milliers de familles comme celle d’Amina dans l’angoisse. «On n’a même pas encore nos papiers, comment travailler ?», soupire-t-elle, les yeux fatigués.
La réforme annoncée risque d’aggraver l’instabilité déjà vécue par ces personnes qui n’ont souvent qu’une valise et un rêve. Loin d’être un choix, la recherche d’asile est une fuite désespérée. En rendant l’aide sociale conditionnelle – pour un montant mensuel déjà inférieur au seuil de pauvreté – Québec envoie un message dur : votre survie ici n’est pas garantie. Maître Leïla Haddad, avocate en droit de l’immigration, s’insurge : «C’est inconstitutionnel et profondément inhumain. La dignité ne devrait jamais être un privilège subordonné à l’emploi.»
Dans les centres communautaires, l’inquiétude monte. Les équipes de soutien de première ligne décrivent une hausse dramatique de la détresse psychologique. «Les femmes qu’on accueille revivent souvent des traumas. Là, elles doivent choisir entre nourrir leurs enfants ou continuer leur thérapie», témoigne Julie, intervenante pour un refuge de l’Est de la ville. Cette pression accrue sur les mères monoparentales, souvent isolées et sans réseau, pourrait avoir des conséquences durables sur le développement des enfants réfugiés, déjà marqués par la rupture et l’exil.
L’approche gouvernementale semble oublier que derrière chaque demande d’asile se cache un parcours de résilience, et non une stratégie opportuniste. Plusieurs organismes communautaires craignent en outre une hausse de la stigmatisation publique. «On les accuse de profiter du système, alors qu’ils n’ont rien d’autre», dit Aliou, travailleur social. Loin des chiffres froids et des débats télévisés, ce sont des familles entières qui s’apprêtent à dormir le ventre vide, terrorisées à l’idée d’un avis d’éviction ou d’un frigo vide.
La société québécoise se targue d’humanisme et d’ouverture. Mais quelle société laissons-nous entrevoir à ceux qui frappent à notre porte dans la détresse ? Si l’emploi est une voie vers l’intégration, il ne peut remplacer l’aide minimale nécessaire à la survie. Exiger l’impossible comme condition de soutien revient à tourner le dos à notre devoir collectif de solidarité. Écouter les récits de ceux et celles qui arrivent ici, c’est comprendre que chaque politique a un visage, un nom, une histoire. C’est là que notre humanité s’éprouve vraiment.





