Parse-clean-Single-post12.item_.json_.imageName-1-232

Crédit TPS bonifié : un soutien limité contre l’inflation

Le gouvernement fédéral a annoncé qu’un versement exceptionnel du crédit pour la TPS serait effectué au printemps, visant à soutenir temporairement les ménages à revenu faible ou modeste confrontés à l’inflation persistante. Pour une personne seule, cela représente jusqu’à 234 $, et un couple avec deux enfants pourrait toucher 467 $. Cette mesure s’inscrit dans une série de « chèques ciblés » utilisés depuis la pandémie pour amortir les chocs économiques, mais elle soulève aussi des questions de fond sur la durabilité et l’efficacité des solutions ponctuelles.

Les principaux bénéficiaires sont les ménages se situant dans les deux premiers quintiles de revenu, soit environ 11 millions de Canadiens, dont une majorité de femmes, de parents seuls et de locataires. Selon l’Agence du revenu du Canada, ces versements non imposables peuvent avoir un effet immédiat : réduire le recours à l’aide alimentaire ou aider à couvrir des dépenses essentielles comme le chauffage. Dans un contexte où 30 % des ménages canadiens vivent chèque de paie à chèque de paie, chaque dollar compte — mais seulement à très court terme.

Ce genre de soutien ponctuel peut masquer un manque de réponse structurelle à la montée des inégalités. D’un point de vue économique, il ne modifie ni les trajectoires de revenu ni les mécanismes de redistribution en profondeur. Comme le rappellent les économistes Luc Godbout et Suzie St-Cerny, compenser l’inflation ou une stagnation des revenus par des chèques annuels n’a pas la portée transformatrice d’une réforme fiscale progressive, ni la résilience d’un programme de revenu minimum garanti.

Le crédit TPS repose sur une fiscalité fondée sur la consommation, ce qui est, en soi, un outil régressif : tout le monde paie la même taxe, peu importe ses moyens. Redistribuer ensuite cette taxe sous forme de crédit est un choix de justice sociale, mais qui reste emprisonné dans une logique après-coup. Une réforme en amont — par exemple, par une hausse de l’imposition des revenus supérieurs ou des grandes fortunes — permettrait de financer directement une plus grande part des services publics essentiels et réduire l’écart initial, plutôt que de tenter de le corriger en aval.

D’autres pays explorent d’ailleurs des pistes plus audacieuses. L’Espagne et l’Écosse expérimentent des modèles de revenu de base partiel, tandis qu’en Finlande, une expérimentation nationale a démontré qu’un revenu minimum garanti pouvait réduire le stress financier sans nuire à l’emploi. Le Canada dispose des outils fiscaux et technologiques pour aller en ce sens. Ce versement printanier du crédit TPS aidera concrètement des milliers de ménages; mais pour faire reculer la précarité de manière durable, il faudra cesser de colmater les brèches et s’attaquer à la structure même du navire.

PARTAGER CET ARTICLE