Pendant que Charles Milliard tend la main aux transfuges caquistes et joue à la chaise musicale parlementaire, le Québec s’enfonce dans l’inaction climatique. Cette chorégraphie politique où l’on courtise des députés déçus pour gonfler ses rangs illustre parfaitement ce qui cloche dans notre démocratie spectacle : on négocie des sièges, on calcule des pourcentages, on prépare le prochain scrutin, mais personne ne parle du chaos climatique qui frappe déjà nos communautés. Les canicules tuent dans nos quartiers défavorisés, les inondations détruisent des maisons, et nos élu·es jouent au Monopoly avec leurs carrières.
Cette absence criante du climat dans les tractations politiques n’est pas un oubli : c’est un choix. Parler sérieusement de transition écologique, c’est reconnaître qu’il faut réorganiser notre économie de fond en comble, nationaliser des secteurs clés, investir massivement dans les transports collectifs et le logement social écologique. Ça demande des milliards en argent public, une planification sur vingt ans, et surtout, ça confronte directement les intérêts des promoteurs immobiliers, des pétrolières et des géants de l’auto. Aucun parti à l’Assemblée nationale n’a le courage de nommer cette vérité : la crise climatique exige qu’on sorte du capitalisme fossile, pas qu’on le réforme avec quelques crédits d’impôt verts.
Le problème fondamental, c’est que nos formations politiques pensent en cycles électoraux de quatre ans alors que la catastrophe climatique opère sur des décennies. Milliard et les autres calculent leurs gains de sièges pour 2027, pendant que la science nous hurle qu’on a moins de sept ans pour réduire nos émissions de moitié. Cette logique court-termiste transforme l’enjeu existentiel de notre génération en variable d’ajustement communicationnel. On saupoudre quelques promesses vertes dans les plateformes, on inaugure une piste cyclable, et on passe au prochain sondage. Mais la transition réelle — celle qui bouleverse nos modes de production, nos quartiers, notre rapport au travail — reste tabou parce qu’elle menace trop d’intérêts établis.
Laissé aux seules mains de la stratégie politique et des firmes de relations publiques, le climat devient un dossier comme un autre, qu’on peut négocier, diluer, reporter. Or, la physique ne négocie pas. Les 1,5 degré de réchauffement ne se soucient pas du calendrier électoral ni des ambitions de Charles Milliard. Ce qu’il faut, c’est arracher le débat climatique aux spin doctors et le ramener dans les assemblées citoyennes, les syndicats, les organisations étudiantes et communautaires. Ce sont ces mouvements de base qui comprennent viscéralement que sans justice sociale — logements abordables, transports accessibles, emplois verts bien payés — la transition écologique ne sera qu’un nouveau projet élitiste qui laissera les classes populaires payer la facture.
Justice climatique et justice sociale sont indissociables parce que ce sont les mêmes personnes qui crèvent de chaleur dans leurs HLM sans climatisation, qui respirent l’air pollué près des autoroutes, qui n’ont pas les moyens de se payer une voiture électrique à 50 000$. Une transition juste, ça commence par des investissements publics massifs dans l’habitation, le transport en commun gratuit, la relocalisation alimentaire, la conversion industrielle verte avec garantie d’emploi. Ça ne passe pas par des magouilles de couloir entre politiciens en quête de reconnaissance. Tant que nos parlements resteront des théâtres d’ambitions individuelles plutôt que des lieux de transformation systémique, on continuera de danser pendant que tout brûle. Il est temps d’exiger mieux — ou de tout reconstruire.





