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Crise du logement : le centre applaudit, les locataires étouffent

Pendant que Charles Milliard tend la main aux caquistes avec un sourire onctueux et des promesses de collaboration centriste, des milliers de locataires québécois négocient en panique avec leurs propriétaires pour éviter l’expulsion. Le chef libéral parle de « place chez nous » aux députés de la CAQ, mais quelle place reste-t-il vraiment pour celles et ceux qui paient 60%, 70% de leur salaire en loyer? Cette danse politique bien chorégraphiée – où les partis de droite et du centre se courtisent autour de valeurs communes – ignore complètement l’urgence sur le terrain. Pendant que les stratèges calculent leurs alliances, les familles calculent si elles peuvent manger trois repas par jour après avoir payé le logement.

La crise du logement n’est pas une abstraction électorale, c’est une violence quotidienne. Les hausses de loyer illégales se multiplient, les évictions déguisées aussi, et le gouvernement caquiste comme l’opposition libérale proposent essentiellement des variations du même immobilisme: quelques subventions par-ci, un peu de réglementation molle par-là, mais jamais la remise en question fondamentale du logement comme marchandise spéculative. Milliard promet une main tendue à ses adversaires politiques, mais où est la main tendue aux 400 000 ménages québécois en attente de logement social? Où sont les mesures concrètes contre les fonds d’investissement qui achètent des blocs entiers pour maximiser les profits?

Ce qui se joue vraiment, c’est la consolidation d’un bloc centriste qui protège le statu quo économique. Quand Milliard applaudit « l’ouverture » de la CAQ, il applaudit en réalité un consensus tacite: celui qui refuse de toucher aux privilèges des propriétaires, qui refuse d’imposer sérieusement les plus riches, qui refuse de reconnaître que le droit au logement est incompatible avec la financiarisation immobilière débridée. Les jeunes, les familles monoparentales, les travailleurs précaires – eux – ne sont pas invités à ce banquet de la modération. Ils sont les dommages collatéraux acceptables d’une politique qui préfère séduire l’électeur médian plutôt que de transformer les rapports de pouvoir.

On nous vend de la stabilité politique pendant que les vies s’effondrent. Les organismes communautaires crient depuis des années qu’il faut un contrôle strict des loyers, une acquisition massive de logements par l’État, une taxation agressive de la spéculation immobilière. Mais ces demandes ne cadrent pas avec le projet centriste qui refuse les ruptures. Milliard et Legault peuvent bien se sourire en Chambre, leurs sourires ne chauffent aucun appartement mal isolé, ne nourrissent aucun enfant dont les parents doivent choisir entre le loyer et l’épicerie. Cette politique de consensus mou est une politique de violence structurelle déguisée en pragmatisme.

L’urgence n’est pas de construire des ponts entre partis qui se ressemblent déjà, mais de construire des logements décents et abordables. L’urgence n’est pas de rassurer les investisseurs, mais de protéger les locataires. Si nos dirigeants passaient autant de temps à écouter les comités logement qu’à se congratuler mutuellement, peut-être comprendraient-ils que leur « ouverture » politique ressemble furieusement à une fermeture sociale. Les locataires n’ont pas besoin de spectacle partisan, ils ont besoin d’un État qui ose redistribuer le pouvoir et la richesse. Tout le reste n’est que théâtre pendant que la maison brûle.

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