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Crise démocratique et société du renoncement : l’appel de Noémie

Il y a des instants historiques où l’on ne peut plus, décemment, s’abriter derrière l’ironie ou la distraction. 2026 est de ceux-là. Climat déréglé, démocratie fragmentée, économie cannibale : les failles s’ouvrent et nos lézardes s’élargissent. L’effondrement ne survient jamais d’un seul coup ; il s’installe dans l’habitude. Ce qui étonne, ce n’est plus l’état du monde, mais notre capacité à vivre avec. Cela mérite qu’on s’y arrête. À force de crise, avons-nous oublié qu’une société peut (et doit) être un projet ?

Nous vivons dans un temps pauvre, non d’informations, mais de sens. Nos imaginaires politiques sont épuisés, et ceux qui tiennent les rênes nous vendent la sécurité comme ultime horizon. Arendt le rappelait : le désengagement est le lit de la tyrannie molle. On nous a désappris à penser collectivement ; à croire qu’une orientation éthique est possible, désirable, nécessaire. La démocratie, désormais, ressemble à un théâtre où le public a cessé de croire qu’il pouvait monter sur scène. Il reste la peur, politisée à l’extrême, et l’indifférence, autre nom du renoncement intérieur.

La société néolibérale, elle, prospère sur l’atomisation. « Chacun pour soi », dit-elle—et le désastre pour tous. L’économie actuelle, financiarisée jusqu’à l’absurde, nous vend la rareté humaine comme destin naturel. Mais la rareté est organisée. Le mythe du mérite sert à dissimuler l’accumulation. Et sous les slogans de modernité, on creuse des inégalités aussi antiques qu’injustes. Cet ordre du monde ne vacille que si on le regarde en face. bell hooks disait que le refus d’aimer est un acte politique. Se désintéresser de l’autre est une soumission à l’ordre établi.

Face à cela, il faut ressaisir notre capacité d’agir non comme une lubie individuelle, mais comme un travail commun, radical. La solidarité n’est pas la charité moralisée, c’est l’organisation de la lutte contre l’isolement imposé. Il nous faut recréer du lien, non par nostalgie, mais par nécessité vitale. Marx le formulait à sa manière : l’émancipation ne peut être qu’un processus collectif. L’éthique n’est pas une décoration du politique ; elle en est le socle. Où est la vérité d’un monde qui fait souffrir les vivants pour protéger les profits ?

Alors je repose la question : quelle société voulons-nous vraiment construire ? Une société du contrôle ou du soin ? Du profit solitaire ou du bien partagé ? Cela suppose de repenser nos critères de réussite, de mettre le pouvoir au défi du sens. Et, peut-être, d’accepter notre vulnérabilité comme point de départ politique. Penser, c’est résister. Encore faut-il que cette pensée soit habitée. Qu’elle devienne action, incarnation. Car ne rien faire, désormais, c’est consentir. Et l’Histoire, elle, ne dispense pas de choisir.

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