Le monde brûle, et les puissants vendent des extincteurs en or massif. Tandis que des millions fuient la faim, la soif, ou la peur, l’élite se gave de frontières, d’énergies fossiles et de silence complice. Le cas du Venezuela n’est pas une aberration, c’est une prophétie : chute économique orchestrée par la dépendance pétrolière, effondrement social, climat déréglé, et une diaspora qui saigne son pays d’origine à chaque passeport tamponné. Ce n’est pas une crise isolée. C’est la matrice du capital écocide.
L’actualité étale la capture de Maduro comme un trophée géopolitique. Mais le vrai scandale, c’est qu’il a pu régner si longtemps grâce au jeu cynique d’acteurs internationaux — banques, compagnies pétrolières, gouvernements en costume trois-pièces qui négocient les barils pendant que les barrios crèvent. Derrière chaque dictateur gît un réseau d’intérêts bien huilés. Qui condamne les structures qui tolèrent, financent ou exploitent ces régimes ? Personne. Trop occupés à capitaliser sur l’effondrement.
On répète que les migrant·es « choisissent » de partir. Non : ils et elles sont expulsé·es par la sécheresse qui tue les cultures, le manque de soins, la violence d’États corrompus ou en ruine. Leur angoisse est le prix à payer d’un système qui appauvrit pour enrichir. Et dans les pays d’accueil ? Des murs, des camps, du mépris. Mais qui parle de la responsabilité historique et climatique des pays riches ? Qui indemnise l’exilé climatique, le réfugié du libre-échange ?
Ce qu’il faut, ce n’est pas un pacte sécuritaire. C’est une insurrection planétaire contre les logiques extractivistes. Une transition écologique non pas propre mais juste : avec redistribution, réparation, suppression des dettes odieuses, accueil digne, et le droit au retour. Cette révolution ne viendra pas d’en haut. Elle germe déjà dans les mouvements locaux, dans les rues de Cúcuta, dans les assemblées de jeunes haïtiens, dans les occupations étudiantes pour le climat. Écoutons-les. Ou taire leur cri sera notre propre chute.
N’attendons pas que Paris ou Ottawa prenne feu pour comprendre. Le Venezuela, c’est demain chez nous si l’on accepte encore la logique de pillage. Les peuples ne fuient pas l’avenir : ils fuient un présent confisqué. Il est temps de rallumer les braises de la solidarité, de se tenir aux côtés des déraciné·es non en pitié mais en lutte. Parce que l’exode de masse n’est pas une anomalie : c’est le miroir sinistre d’un monde construit sur le déséquilibre. Il est temps de le renverser.





