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Croissance verte, cendres grises

Le Canada aime se vêtir de vert. Feuilles d’érable écoresponsables, discours gouvernementaux parfumés au carboneutral… mais sous le vernis, c’est toujours la même machine extractiviste qui broie, qui pille, qui ment. Nos décideurs brandissent la “transition écologique” comme un masque à gaz doré : pendant qu’on promet un futur durable, on creuse, on fore, on détruit déjà le présent. Écocamionnage ? Euthanasié en silence. Économie circulaire ? Baignoire trouée sous une pluie d’investissements fossiles.

On appelle maintenant “projets d’intérêt national” des mines qui arrachent à la terre ses derniers secrets. Lithium, cobalt, nickel — les minerais sacrés du capital vert — alimentent une nouvelle ruée, cette fois peinte en vert olive. Le Québec, l’Ontario, la Colombie-Britannique : territoires d’offrandes pour multinationales déguisées en sauveurs climatiques. Qui écoute les gardien·nes autochtones ? Qui entend la terre s’effondrer sous les pneus de bulldozers aux logos écolavés ?

Ce n’est pas une transition. C’est une transaction. Privatiser le futur pour préserver le profit. Leur écologie est celle des marchés – pas celle des forêts, ni des peuples. Derrière chaque mine aux promesses vertes, un pacte avec le diable du capital. Trudeau serre la main des PDG tandis que les cours d’eau suffoquent. Et on ose parler de justice climatique ? Où est-elle, quand celui qui détruit se proclame innovateur… et que celui qui défend devient criminel ?

Mais dehors, le vent tourne. Les jeunes n’y croient plus. Ils et elles bloquent les routes, repeignent les banques, posent des pancartes là où d’autres posaient des bombes. “Pas de paix pour les pilleurs.” On entend ces slogans sur les places, les campus, les forêts. Ces mouvements exigent une autre transition : une justice climatique populaire, féministe, décoloniale. Pas de réformes cosmétiques. Une rupture. Un dehors du capital, pensé avec soin, avec rage, avec amour.

Il est temps de dépouiller l’écologie de son greenwashing ministériel. L’écologie réelle commence dans les luttes, pas dans les salons. Elle pousse là où les machines reculent. Nous voulons un monde où la terre n’est pas un stock, mais un lien. Assez joué avec nos vies. La transition ne doit pas reconduire le pouvoir, elle doit l’abattre. Ou elle ne sera jamais.

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