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De l’acier canadien, des cadavres soudanais

Le Canada adore se fantasmer en force tranquille sur la scène diplomatique, main tendue en public, main armée en coulisse. Alors que le Soudan s’enfonce dans une guerre entre factions qui broient les civils, Ottawa détourne pudiquement le regard tandis que son industrie métallurgique — plus discrète que spectaculaire — glisse dans les engrenages d’un conflit sanglant. Si aucune munition ne porte l’estampille « Made in Canada », certaines pièces servent bel et bien aux logisticiens de la mort.

Des composants fabriqués au Québec ou en Ontario transitent par des pays tiers — Émirats arabes unis, Égypte, parfois même l’Arabie saoudite — avant de finir entre les mains des Forces de soutien rapide (RSF) ou de l’armée soudanaise, toutes deux accusées de crimes de guerre, y compris de viols systématiques et de nettoyage ethnique au Darfour. Ce n’est pas un nouvel épisode : le même scénario avait ensanglanté le Yémen, avec des composants canadiens intégrés aux bombes larguées par Riyad. Heureux les naïfs qui croient que l’exportation dite « indirecte » est moins responsable…

Les ONG haussent le ton, comme Project Ploughshares ou Amnistie internationale, alertant sur la complicité « passive-agressive » de l’État canadien. « Tolérer ce commerce, c’est cautionner les massacres », martèle un rapport que le gouvernement Trudeau préférerait, semble-t-il, oublier dans un classeur verrouillé. L’inaction d’Ottawa devient un choix politique en soi : celui de prioriser les contrats industriels au détriment de l’éthique. La diplomatie humanitaire brandie à l’ONU fond comme neige au soleil dès qu’un lobby minier ou une fonderie d’aluminium entre dans la salle.

Il faut dire que le vernis moral du Canada s’écaille souvent à l’épreuve du global. En 2019 déjà, un rapport dénonçait la passivité fédérale face aux exportations d’armes vers l’Arabie saoudite, malgré les preuves accablantes de leur utilisation au Yémen. Aujourd’hui, rebelote au Soudan. L’ironie ? Ces mêmes armes et composants alimentent des conflits qui poussent ensuite à l’exil des populations — et que fait le Canada ? Il se montre accueillant, certes, mais en partie responsable du chaos que ces réfugiés fuient. Bienvenue dans la géopolitique made in G7.

Si « la neutralité bienveillante » de Trudeau avait un accent, ce serait celui d’un PDG d’usine d’équipement militaire lors d’un appel d’offres. Et si on veut voir des alternatives, regardons vers le Costa Rica ou l’Islande : des pays sans industries militaires florissantes et pourtant prospères. Le Canada peut faire mieux. Il doit cesser de se penser comme le bon élève du désastre mondial. Il est grand temps que la conscience internationale n’accorde plus de bonus pour les hypocrisies en costume-cravate. Même polie, la complicité reste un crime politique.

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