La Chine vient tout juste de lever, partiellement, son interdiction d’exporter certains métaux rares vers les États-Unis. Ce geste diplomatique en apparence anodin révèle en réalité le nerf de la guerre énergétique mondiale : qui contrôle les matières premières verra son drapeau flotter sur la « transition verte ». Derrière les promesses de neutralité carbone et de voitures électriques, se cache une nouvelle course aux ressources, centrée sur le Sud global, mais dirigée pour les intérêts du Nord. Une transition écologique qui piétine les mêmes terres colonisées d’hier, pour un futur soi-disant durable aujourd’hui.
De l’Atacama au Katanga, les territoires riches en lithium, cobalt ou nickel deviennent le théâtre d’un extractivisme exacerbé, déguisé en sauvetage planétaire. Tandis que les salons parisiens et les think tanks berlinois rêvent de plans climatiques 2050, les communautés autochtones voient leurs nappes phréatiques se vider et leurs montagnes dynamitées, au nom de notre sacro-sainte batterie verte. Ironie climatique : on veut sauver la planète, mais à une condition — que les douleurs écologiques restent bien à l’extérieur des frontières Schengen ou américaines.
Les chaînes d’approvisionnement écologiques d’aujourd’hui n’ont de vert que la peinture sur leurs communiqués de presse. Le reste fleure bon le néocolonialisme – accords opaques, main-d’œuvre sous-payée, zones d’ombre réglementaires. L’ONG Mining Watch Canada parle d’une « alliance climatique toxique » entre multinationales minières et gouvernements du Nord, mal emballée dans du développement durable. Tant que ces chaînes ne sont pas décolonisées – depuis les gisements jusqu’aux têtes dirigeantes – on fonce droit dans un mur proprement peint en vert néon.
Pourtant, le monde regorge d’alternatives enracinées, portées par ceux et celles que les stratégies globales marginalisent. Des coopératives indigènes au Chili aux réseaux féministes éco-sociaux en Afrique de l’Ouest, il existe une transition écologique à échelle humaine, sobre, connectée à la justice. Ce n’est ni « décroissante » de manière punitive ni d’une technocratie froide. Ce sont des projets qui parlent d’autonomie, de réparations, et surtout, de réappropriation collective de l’avenir énergétique.
Si l’écologie veut encore prétendre rejoindre le camp du progrès, elle doit radicalement revoir ses alliances : pas avec les extracteurs, mais avec les protecteurs. Il est temps de se demander : à quelle planète voulons-nous survivre ? Une planète neutre en carbone mais bâtie sur le silence des peuples du Sud — ou une planète chaotique, certes, mais pensée avec plus de justesse ? L’enjeu n’est pas technologique. Il est moral, politique, profondément humain. La transition ne sera pas verte si elle n’est pas d’abord décoloniale.





