Ce que le Dr Ivan Zinger décrit dans son dernier rapport ne relève pas d’une erreur du système. C’est bien le système. Des cellules crasseuses comme réponse à la douleur mentale. Des chaînes pour qui crie d’un passé colonial jamais guéri. Le Canada, pays de la vérité et de la réconciliation à géométrie variable, enferme à double tour les femmes autochtones, victimes de violences systémiques, dans des lieux sans soins, sans sens, sans issue. Cet enfer n’est pas une anomalie : c’est le miroir d’un État qui confond gestion et répression.
On garde les statistiques comme on garde les gens : enfermés. Dans ces prisons, plus de 75 % des femmes incarcérées ont des enjeux de santé mentale. Ce n’est pas une épidémie, c’est un abandon. Ce que les gouvernements successifs n’ont jamais voulu financer—logements sociaux, services de santé accessibles, médecine culturelle adaptée—devient maintenant prétexte à nouvelles prisons plus grandes, plus vides d’humanité. Une spirale carcerocratique où l’on punit les symptômes d’un système profondément malade.
Et pendant qu’on discute sécurité publique, des femmes comme celles de la Nation Nlaka’pamux vivent l’isolement, la camisole chimique, le silence imposé comme thérapeutique. On parle d’elles en pourcentages, on légifère sans leur voix. Le colonialisme n’est pas un chapitre clos, c’est un script qui continue : psychiatrisation de la résistance, pathologisation du traumatisme, effacement par incarcération. La prison, pour elles, c’est le prolongement du pensionnat, c’est la salle d’attente de l’extermination lente.
Combien coûte cette violence institutionnelle ? Trop, même en dollars. Les gouvernements pensent budget, mais refusent le bilan moral. On préfère les barreaux aux bancs d’écoute, les matraques aux mains tendues. Pourtant, chaque cellule construite est un refuge détruit. Chaque garde engagé est un travailleur social écarté. On criminalise la douleur plutôt qu’investir dans sa guérison. C’est un choix politique, un choix de classe, un choix de race.
Aucun avenir digne ne se bâtira sur des fondations de béton et de barbelés. Il faut désarmer ce système, non pas le réformer. L’abolir avec amour, avec rage, avec des soins à offrir et des espaces à créer pour guérir. Assez de rapports ignorés. Assez de souffrance recyclée en statistique. L’action n’est plus une option : désinstitutionnalisation réelle, soins communautaires, décolonisation du droit et respect des droits humains. On ne soigne pas une société malade en construisant plus de prisons—on la soigne en la libérant.





