Yves Engler n’arrive pas en politicien poli. Il déboule dans la course à la chefferie du NPD comme un pavé lancé contre les vitres trop propres du parlement. Cet activiste montréalais traîne derrière lui une bibliothèque de dénonciations – de l’impérialisme canadien à la soumission pétrolière du pays – et il veut désormais faire tomber les masques de la social-démocratie de salon. Sa candidature est une gifle destinée à réveiller un parti endormi dans ses illusions réformistes, pendant que la planète brûle et que les loyers deviennent irréels.
Dans une gauche institutionnelle qui trop souvent murmure quand elle devrait crier, Engler hurle. Il appelle à désobéir, à décoloniser, à déprivatiser. Le NPD reste coincé dans une logique d’ajustement cosmétique, refusant d’oser le saut structurel. Plutôt que de tendre la main au pouvoir libéral pour grappiller des miettes, Engler soutient qu’il faut renverser la table. « On ne transige pas avec un système qui détruit la vie », lâche-t-il en entrevue. C’est une déclaration de dissidence bien plus qu’un programme électoral.
Sans surprise, les barons prudents du parti serrent les dents. Mais les quartiers populaires, les jeunes précaires, les écolo-radicaux en manque d’espoir politique, eux, tendent l’oreille. Dans les cégeps, les syndicats combatifs, les campements de sans-logis, le nom d’Engler circule avec une étincelle d’excitation. Il parle un langage brut, celui qu’on entend dans les manifs, pas dans les discours calibrés. Il a l’audace de ceux qui n’attendent pas l’autorisation pour imaginer un autre monde.
La question ici n’est pas de savoir si Engler peut gagner, mais s’il peut fissurer l’armure réformiste que le NPD porte depuis trop longtemps. En appelant à retirer le Canada de l’OTAN, à nationaliser les banques et à amnistier les grévistes, il rebranche enfin le parti sur des luttes vivantes – pas sur des calculs de centriste peureux. Face à l’effondrement climatique, à la crise du logement et à l’écroulement des services publics, la modération n’est plus un luxe : c’est une trahison déguisée.
Yves Engler ne sera peut-être pas le chef qu’on attendait, mais il est sans doute celui dont la gauche a besoin pour se regarder en face. Son entrée en scène rappelle cette vérité que les progressistes oublient parfois : ce n’est pas en montant doucement les escaliers du pouvoir qu’on changera l’histoire, mais en faisant sauter la porte. Et si ce feu-là prenait ?





