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Épuisement au travail : une fatigue devenue sociale

Ils s’appellent Fatou, Julie ou Marc, et ils ont chacun déposé un arrêt de travail ces derniers mois pour une raison qu’on tait encore trop : l’épuisement silencieux. Celui qui s’accumule dans les entrailles, jusqu’à rendre le lever difficile, le souffle court, les gestes imprécis. Ce ne sont ni des faibles, ni des privilégiés. Ce sont des éducateurs, des caissières, des infirmiers. À bout de souffle. Pas seulement à cause de leur tâche : à cause d’un monde du travail qui exige sans répit et écoute si rarement.

Dans un CLSC de l’est de Montréal, une intervenante psychosociale me dit : « J’ai vu des collègues tomber comme des mouches cet automne. Ce ne sont pas des cas isolés, c’est un système épuisé. » Son regard se perd derrière ses lunettes embuées, la salle de pause sent le café froid. On oublie souvent que les soignants ont aussi besoin de soin. Trop souvent, la santé mentale se transforme en un dossier à classer, un formulaire à remplir, et non comme une alerte collective, un besoin vital de repenser nos priorités humaines.

Il y a une fatigue de la précarité qui ne se dissout pas avec des pilules. Pour plusieurs, l’anxiété vient d’un loyer qui grimpe, d’une charge mentale à porter seule, ou du fait qu’on ne sait pas si on pourra encore poser un congé au mois prochain. Derrière chaque diagnostic de dépression, il y a parfois un frigo vide, ou deux boulots à cumuler. On médicalise des situations qui relèvent aussi de l’injustice sociale.

Ce qu’on appelle « repos » est devenu un luxe. Pourtant, l’écoute, le droit de décrocher, de se dire vulnérable, sont fondamentaux. Quand une société considère le burn-out comme un simple écart plutôt qu’un symptôme d’un rythme inhumain, elle passe à côté de l’essentiel. Il ne s’agit pas juste de mieux soigner, mais de mieux prévenir. Et pour cela, il faut agir sur les causes : la surcharge, la solitude, la perte de sens.

Aujourd’hui, reconnaître l’arrêt de travail pour raisons psychologiques comme un vrai droit, c’est reconnaître la réalité d’un mal-être qu’on ne peut plus reléguer dans le domaine privé. Il faut en parler, dans les syndicats, les assemblées, les bureaux. Nos silences aussi sont collectifs. Et chaque fois qu’on les brise, on crée un espace de possible. Pas de miracle, mais un peu plus d’humain dans notre manière de vivre — et de travailler ensemble.

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