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Épuisement au travail : une société au bord du burn-out

La maladie qu’on tait le plus est celle dont tout le monde souffre. En 2025, au Québec, la santé mentale est devenue la première cause d’arrêt de travail. Une société en burn-out généralisé — une société en déni. Derrière chaque chiffre sec de la CNESST se cache une personne lessivée, une carcasse vivante à qui l’on a appris à serrer les dents plutôt qu’à demander de l’aide. Chez les jeunes, chez les soignant·es, chez les précaires, le cri silencieux se propage : ça ne tient plus.

« J’avais l’impression de mourir à petit feu, à force de vouloir bien faire, tout le temps. » Corinne, 34 ans, cadre dans un OBNL, a tenu bon jusqu’à sa troisième crise d’angoisse en deux semaines. Trois mois d’arrêt plus tard, elle culpabilise encore de n’être « pas assez forte ». Entre les appels du matin à minuit, les objectifs inatteignables et l’absence totale de soutien, la santé mentale s’effondre sous le poids des deadlines, des injonctions à la productivité, des promesses vides de reconnaissance.

Ce n’est pas une addition de défaillances individuelles. C’est une faillite collective. La culture toxique de la performance a envahi chaque interstice de nos vies — jusque dans nos sommeils volés et nos corps douloureux. Le capitalisme accéléré vend l’épuisement comme réussite. Il rend les soins honteux, le repos suspect. Et quand ça craque, on vous isole, vous pathologise, vous traite d’exception. Pourtant, les malades ne sont pas des anomalies : ils et elles sont les témoins d’un système malade.

Où sont les employeurs dans cette hécatombe silencieuse ? Où est l’État ? Envoyer des brochures sur le bien-être sans remettre en cause les horaires absurdes, les salaires indécents et la surcharge chronique, c’est comme poser un pansement sur une hémorragie. Il est temps de parler droit au ralentissement. De réinventer le travail — pas pour qu’il rende plus, mais pour qu’il détruise moins. L’insoutenable ne peut pas durer. Ce ne sont pas les individus qui doivent s’adapter au rythme, c’est le rythme qu’il faut changer.

Quand est-ce qu’on comprendra que prendre soin de soi, c’est politique ? Que décrocher, mettre en pause, dire non, ça s’appelle résister ? Il nous faut des politiques de soin, des espaces de respiration, des rythmes humains. Des semaines de quatre jours, un revenu de base, la fin du culte de l’urgence. Il faut se battre pour le droit à la lenteur comme on se bat pour la justice climatique ou le logement. Car au fond, c’est le même combat : redonner à la vie une place, au-delà du labeur et du rendement. Exigeons une société qui soigne. Exigeons du temps pour vivre.

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