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Étudier ou survivre, faut-il choisir ?

On nous avait promis la clé qui ouvrirait toutes les portes. Un diplôme — passeport vers la réussite, gage d’un avenir meilleur. Mais aujourd’hui, des milliers de jeunes se tiennent au pied d’un monde fermé à double-tour, serrant leur diplôme comme une promesse creuse. Ce n’est pas le savoir qui a failli — c’est le marché du travail qui a renié ses promesses. Les bac+5 dorment dans des chambres de 9 m², cumulent les CDD sous-payés, ou quittent tout pour Deliveroo. Le chaos ne vient pas d’un excès d’études, mais du règne d’un système où nos rêves crèvent face à l’avidité des bilans comptables.

Chaque génération mérite mieux que le cynisme qu’on lui injecte à coups de statistiques sur « l’inutilité » de certains diplômes. Ce n’est pas le master en philo ou le BTS audiovisuel qui pose problème — c’est une économie qui ne reconnaît que le rendement. Ce que la génération Z refuse, c’est de transformer ses passions en produits, ses identités en marques, ses savoirs en marchandises. Dans ce système vidé d’âme, le diplôme est jugé non pas à sa capacité d’émanciper, mais à celle de générer du profit. C’est cette vision qu’il faut brûler à la racine.

On nous raconte que la réussite serait une affaire de mérite. Bullshit. Ce discours écrase les réalités : connexions, héritages, privilèges, algorithmes de recrutement biaisés. Parler de méritocratie quand le quart des étudiants sautent des repas, c’est insulter l’intelligence. En vérité, ce ne sont pas les jeunes qui ont perdu foi dans le diplôme. C’est l’État et les élites qui l’ont sacrifié sur l’autel de l’austérité, de la compétition, de l’individualisme. On forme des jeunes pour « s’intégrer » à un monde en crise chronique, au lieu de leur donner les armes pour le transformer.

Renouer avec un idéal radical de l’éducation, c’est la seule issue. Une éducation libérée du chantage à l’employabilité. Une éducation populaire, horizontale, qui ne sert pas le marché mais libère les esprits. À Marseille comme à Montreuil, on voit fleurir d’autres formes d’apprentissage : collectifs autogérés, écoles alternatives, radios étudiantes, cercles de lecture militants. Les jeunes ne sont pas désabusé·es, ils débordent simplement des cadres qu’on leur impose. Leur rage est celle de l’urgence, leur savoir est une arme, pas un produit dérivé.

Inès, 26 ans, en master de sciences politiques, serveuse le soir, militante le week-end : « On m’a appris la théorie de la justice, j’applique la pratique du SMIC. Mais je veux pas qu’on me plaigne. Je veux qu’on m’écoute. Et qu’on crame les règles du jeu. » C’est ça, le feu sous la cendre : une génération qui refuse la résignation, et qui transforme la précarité imposée en cri politique. Alors non, l’éducation n’est pas morte. Elle est en lutte — et elle repartira de là où les murs sont tagués, les bancs rayés, les voix libres.

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