Mardi matin, le Cégep de Saint-Hyacinthe s’est vidé dans l’urgence. Pas un exercice, pas une simulation : une vraie fuite toxique provenant d’une usine voisine a forcé l’évacuation complète de l’établissement. Des centaines d’étudiant·e·s ont dû quitter leurs cours en catastrophe, certain·e·s toussant, d’autres paniqué·e·s, tandis que les services d’urgence déployaient un périmètre de sécurité. Cette scène glaçante expose une réalité qu’on préfère ignorer : nos institutions d’enseignement fonctionnent dans une précarité structurelle où la sécurité dépend du hasard, pas de la prévention. Quand une fuite chimique se produit à quelques mètres d’une cafétéria bondée, ce n’est pas un accident isolé — c’est un système qui craque.
Pourquoi un cégep se retrouve-t-il à portée de souffle toxique d’une installation industrielle? Parce que la planification urbaine québécoise a longtemps sacrifié la cohérence au profit de l’expansion économique. Zones résidentielles, écoles, entreprises polluantes : tout cohabite dans un patchwork dangereux où personne ne pose les vraies questions. Combien d’établissements scolaires sont ainsi coincés entre des axes routiers saturés, des usines vieillissantes et des infrastructures à risque? La réponse devrait nous terrifier. Pendant ce temps, les inspections sont rares, les budgets d’entretien rognés, et les protocoles d’urgence révisés seulement après les drames.
Les étudiant·e·s de Saint-Hyacinthe, elles et eux, n’oublieront pas de sitôt cette journée où leur droit à l’éducation a été suspendu par un nuage chimique. Certain·e·s ont dû attendre des heures avant de pouvoir rentrer chez eux, d’autres ont raté des examens, et plusieurs se demandent maintenant chaque matin s’ils respirent un air sain en entrant en classe. Ce traumatisme collectif est le produit direct d’une culture de l’improvisation : on gère les crises au lieu de les prévenir, on déploie les pompiers au lieu d’investir dans la sécurité en amont. C’est moins spectaculaire, mais infiniment plus responsable.
Le sous-financement chronique des infrastructures publiques est le poison invisible qui contamine toute notre société. Quand les toits coulent, les labos vieillissent et les systèmes de ventilation datent des années 1980, on ne peut pas prétendre garantir la sécurité de personne. Les directions d’établissement jonglent avec des budgets faméliques, pendant que les gouvernements successifs sabrent dans les services publics tout en offrant des crédits d’impôt généreux aux entreprises. Cette logique comptable tue : elle tue la prévention, elle tue la planification, elle tue la confiance. Et elle expose des milliers de jeunes à des risques évitables.
Il est temps d’exiger mieux. Inspection rigoureuse et régulière de toutes les installations à risque près des lieux d’enseignement. Révision des normes de zonage pour créer des zones tampons réelles. Investissement massif dans la mise aux normes des établissements scolaires, du primaire à l’université. Protocoles d’urgence clairs, testés et connus de tous. Et surtout, une culture de prévention qui ne laisse rien au hasard. Parce que nos étudiant·e·s méritent de respirer en paix, d’apprendre sans craindre l’invisible, et de grandir dans des lieux où leur sécurité n’est pas négociable. Saint-Hyacinthe doit être un signal d’alarme, pas un simple fait divers.





