Vendredi après-midi, les utilisateurs de Desjardins ont vu leurs paiements échouer, leurs transferts bloqués, leurs comptes muets. Une panne de deux heures, dit-on. Deux heures pour éteindre le quotidien de milliers de personnes. Pour la majorité, c’était un inconvénient. Mais pour les chômeur·ses, les travailleur·ses précaires, les mères célibataires à découvert — c’était une urgence, un trou noir numérique qui avale la dignité.
Ce n’est pas un simple bug informatique. C’est le symptôme d’un système où les banques règnent sans filet de sécurité, où l’économie digitale — qu’on prétend fluide et moderne — devient une forteresse pour les initié·es et un piège pour les « trop pauvres » pour avoir un bon forfait ou une connexion stable. Quand les infrastructures bancaires plantent, ce sont toujours les plus vulnérables qui tombent les premiers.
L’incident Desjardins n’est qu’un rappel brutal de cette vérité : les services bancaires ne devraient pas être des produits à vendre mais des droits à garantir. La gestion collective de l’argent privé, soumise aux aléas technologiques et logiques marchandes, expose une faille majeure : l’abandon du bien commun au profit des actionnaires. Où sont les plans de secours ? Les obligations légales ? L’État reste muet pendant que les citoyen·nes rafraîchissent leurs applications, cœur affolé.
On nous répète que le progrès est digital. Mais ce progrès-là exclut. Les ainé·es sans smartphone, les jeunes sans carte de crédit, les sans-abris sans compte — tout le monde est en ligne sauf celles et ceux qui n’ont pas les codes. Et quand le système crash, c’est un rappel humiliant : même nos miettes dépendent d’un serveur quelque part. Un bouton qui lâche, et c’est toute une frange de la population qu’on invisibilise encore plus.
Alors posons la question que personne ne veut poser : qui contrôle nos vies quand c’est un pare-feu qui tient notre survie quotidienne ? Où est la régulation publique face à ces géants technocratiques ? Cette panne est un miroir. Elle reflète une vérité brutale : sans démocratie numérique et sans propriété collective de nos infrastructures vitales, ce ne sont pas des erreurs qui nous menacent, mais des systèmes entiers qui oublient qu’on ne bug pas des êtres humains.





