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EXO et le financement du transport collectif en péril

EXO, responsable du transport collectif dans la grande région de Montréal, vient d’annoncer la suppression de 71 postes, affirmant que cette décision vise à « préserver le service aux usagers ». Il faut cependant aller au-delà de l’apparente neutralité de cette déclaration. En réduisant le nombre de travailleurs tout en maintenant les circuits et horaires, ce sont les conditions de travail, la fréquence du service et la capacité à réagir aux imprévus qui sont appelées à se détériorer. Maintenir “le même service” signifie-t-il réellement préserver la qualité ou simplement éviter une coupure visible?

Cette décision intervient dans un contexte de pressions budgétaires récurrentes sur les agences de transport, mais aussi de besoins criants de transition écologique. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon l’Office de consultation publique de Montréal, les investissements dans le transport routier ont continué d’augmenter, dépassant ceux du transport collectif sur plusieurs années. Réduire les effectifs de ceux qui assurent un service essentiel, sans reconsidérer l’assise du financement, revient à refiler la facture à ceux qui comptent sur le transport public au quotidien — personnel de santé, étudiants, travailleurs à bas revenu.

Sur le terrain, les conséquences sont concrètes. Moins d’agents, c’est moins de sécurité, de soutien en cas de panne, d’informations en temps réel. Pour les salarié·e·s visés, ce sont des vies bouleversées, des familles plongées dans l’incertitude. Un agent de contrôle interrogé sous couvert de l’anonymat parle de « stress généralisé » parmi les collègues, avec des rôles réaffectés à la hâte et une perte de moral. Or, des services publics forts dépendent aussi d’une main-d’œuvre stable et reconnue.

La contradiction est flagrante : alors que les gouvernements multiplient les discours sur la décarbonation et la mobilité durable, le soutien structurel au transport collectif reste insuffisant. Un récent rapport de la Communauté métropolitaine de Montréal estimait qu’il manque près d’un milliard de dollars par an pour stabiliser le financement du transport en commun. Sans un fonds dédié, indexé sur des sources stables comme une taxe sur la congestion ou une redevance sur l’immobilier commercial, chaque ralentissement économique deviendra prétexte à l’austérité.

Pour affronter les défis climatiques et sociaux, il faut cesser de considérer le transport collectif comme une dépense compressible plutôt qu’un investissement structurant. Les économies de court terme comme celles d’EXO génèrent des coûts invisibles : usure du personnel, désengagement des usagers, stagnation économique dans les banlieues mal desservies. Il est temps de revoir en profondeur le modèle de financement des transports publics : par équité, par efficacité et par cohérence avec nos ambitions collectives.

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