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Finissants en soins préhospitaliers d’urgence: système malade

Plus de 200 finissants en soins préhospitaliers d’urgence sont cloués au sol, diplôme en main mais sans la certification qui leur permettrait de monter dans une ambulance. La raison? Les stages supervisés qui complètent leur formation sont paralysés par le conflit de travail qui secoue les services ambulanciers. Pendant que Québec et les syndicats s’enlisent dans des négociations qui n’en finissent plus, toute une cohorte de jeunes qui ont choisi de soigner, de sauver, de servir, se retrouve prise en otage d’un système qui les a formés pour ensuite les abandonner sur le quai. C’est plus qu’un retard administratif: c’est le portrait craché d’un réseau préhospitalier sous-financé, méprisé, et qui fabrique lui-même la pénurie dont il se plaint.

Les cégeps sonnent l’alarme: sans paramédics expérimentés disponibles pour superviser les stages, impossible de certifier les nouveaux. Les enseignants le répètent, les coordonnateurs le crient, mais personne au sommet ne semble entendre. Pendant ce temps, les étudiants tournent en rond, accumulent les dettes, voient leurs plans de vie partir en fumée. Certains envisagent déjà de quitter la profession avant même d’y avoir mis les pieds. Pendant que le gouvernement Legault se gargarise de campagnes de recrutement et de primes ponctuelles, il laisse pourrir la relève sur le seuil de la porte. La dissonance est brutale, et elle pue l’hypocrisie à plein nez.

Ce qui se joue ici, c’est bien plus qu’un conflit syndical ordinaire. C’est la faillite d’un modèle qui traite les travailleuses et travailleurs de la santé préhospitalière comme des variables d’ajustement budgétaire. Épuisement, surcharge, salaires qui ne reflètent ni le risque ni la responsabilité, horaires brisés, trauma non reconnu: voilà le quotidien des paramédics. Quand ils débrayent, ce n’est pas par caprice, c’est parce que le système les broie. Et au lieu de s’attaquer aux causes profondes — le sous-financement chronique, la désorganisation des services, l’absence de reconnaissance —, on pointe du doigt les grévistes comme si c’étaient eux les responsables du naufrage.

L’effet domino est prévisible et glaçant. Moins de nouveaux paramédics certifiés, c’est encore plus de pression sur ceux qui restent, c’est des temps de réponse qui s’allongent, c’est des vies en jeu. Les urgences débordent déjà, les transferts interétablissements s’éternisent, et voilà qu’on ampute volontairement la relève. Le réseau de la santé québécois ne se dégrade pas par accident: il se sabote par choix politique. Chaque ministre qui refuse de négocier sérieusement, chaque gestionnaire qui réduit les soins préhospitaliers à une ligne comptable, enfonce un peu plus le clou.

Il est temps de nommer les vrais coupables. Ce ne sont pas les paramédics qui font la grève, ce sont les gouvernements successifs qui ont négligé, précarisé, ignoré ce maillon essentiel de la chaîne de soins. Ce ne sont pas les étudiants qui choisissent de rester sur la touche, c’est l’État qui refuse de créer les conditions pour qu’ils puissent exercer dignement. Tant qu’on continuera de gérer la santé comme une entreprise à optimiser plutôt qu’un bien commun à protéger, les crises comme celle-ci se répéteront. Et à chaque fois, ce seront les plus vulnérables — les malades, les accidentés, les mourants — qui paieront le prix de notre indifférence collective.

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