Les Fonds négociés en bourse (FNB), vantés comme une solution d’investissement accessible et peu coûteuse, séduisent de plus en plus de particuliers. Leur mécanisme est simple : ces fonds répliquent un indice boursier, permettent l’achat d’un portefeuille diversifié en une seule transaction et s’échangent comme des actions. Résultat : un marché qui a triplé de taille en dix ans, dépassant les 12 000 milliards de dollars US au niveau mondial. Mais sous cette surface lisse, le fonctionnement des FNB cache des flux de pouvoir et de richesse concentrés dans les mains d’un petit nombre d’acteurs influents.
La promesse des FNB repose sur une fausse équité. En apparence, ils démocratisent l’accès à la Bourse, mais en réalité, les grands bénéficiaires sont les institutions financières qui les émettent (BlackRock, Vanguard, State Street) et leurs clients fortunés. Ces géants gèrent presque 80 % du marché global des FNB, tirant profit des frais, du pouvoir de vote associé aux actions détenues, et de la captation de flux massifs de capitaux. Pour les petits investisseurs, les gains sont moins certains — et les risques, bien réels, surtout en période de volatilité ou de bulles sectorielles alimentées par l’engouement.
Le facteur marketing joue ici un rôle clé. L’emballage du produit — simplicité, diversification, coût réduit — masque souvent le fait que la majorité des FNB suivent les mêmes indices dominants, amplifiant les valorisations des grandes entreprises et creusant davantage l’écart entre celles-ci et les petites capitalisations moins représentées. Plusieurs études, notamment celles de la BRI, alertent sur un phénomène auto-renforçant : plus un actif est populaire dans les FNB, plus il attire de capitaux, indépendamment de sa santé économique réelle. Une bulle systémique déguisée en bon sens financier.
Sous l’angle des inégalités d’accès au capital, le diagnostic est préoccupant. Une étude de l’OCDE parue en 2024 montre que 78 % des investissements FNB aux États-Unis proviennent des 10 % les plus riches. Au Canada, les données de Statistique Canada indiquent que les ménages avec moins de 50 000 $ de revenus annuels représentent moins de 6 % des détenteurs. Autrement dit, on assiste à une forme de redistribution à l’envers : les petits investisseurs soutiennent, souvent sans le savoir, l’enrichissement du top 1 % via les mécanismes intégrés des FNB.
Le cadre réglementaire, lui, peine à suivre. Les autorités boursières ont tardé à imposer la transparence sur la composition, la liquidité réelle et le pouvoir de gouvernance associé aux FNB. Résultat : une opacité qui profite aux grands acteurs tout en laissant l’investisseur moyen dans l’illusion de la maîtrise. Si la démocratisation des investissements est un objectif louable, elle exige davantage que des interfaces séduisantes : elle suppose un cadre équitable, une éducation financière accessible, et surtout, une volonté politique de corriger les effets d’accumulation de richesse que ces produits, malgré eux, amplifient.





