Ce 11 novembre, François Legault a souri devant les caméras en parlant d’avenir. Celui des 30 000 travailleuses et travailleurs forestiers que son gouvernement voudrait « requalifier ». Ces mots technos, bien lisses, masquent une vérité plus sale : pas de plan de transition juste, aucun respect pour les territoires dévastés, pas une miette de reconnaissance pour les communautés extirpées de leurs racines par des décennies d’exploitation forestière destructrice. On recycle les humains comme on a pillé les arbres : sans précaution, sans consentement, sans vision.
Derrière le vernis du « verdissement économique » se cache le même vieil extractivisme. On déplace les bûcherons comme des pions. On promet des formations numériques ou en énergie propre, alors que les villages meurent autour de scieries silencieuses, que les routes se fissurent, que les familles quittent – ou s’écroulent. Josée Landry, 52 ans, 23 ans dans les bois de Lanaudière : « C’est pas des cours en ligne qui vont remplacer une job, une communauté, un sens. » Mais ça, Legault et ses technocrates ne le comprennent pas. Trop occupés à plaire aux marchés verts en mettant des pansements sur des plaies béantes.
Et qu’en est-il des Premiers Peuples ? Ces forêts déboisées sont aussi leurs terres volées. Le gouvernement ne parle pas de consultation, encore moins de réparation. On vend leur souffrance en crédits carbone. On érige des éoliennes sur des territoires souillés sans leur accord. Aurélien Petiquay, militant atikamekw, crache cette colère : « Ils veulent qu’on passe à autre chose, mais c’est eux qui n’ont jamais assumé ce qui a été détruit ici. La transition, c’est pas une appli. C’est un droit de guérir. Une reconnaissance. Une transformation collective. »
Ce que le gouvernement appelle requalification est une forme d’expulsion lente. On arrache un gagne-pain sans offrir un projet de société. C’est l’éco-libéralisme en action : repeindre le capitalisme en vert pendant qu’on laisse les régions se vider. Pendant que les centres urbains s’enrichissent sous prétexte d’innovation durable, les zones forestières s’enfoncent dans le chômage, la honte, l’oubli. Le climat social suivra le climat écologique : trop chaud, trop sec, plus rien à brûler sauf notre rage.
Le futur habitable ne se construira pas sans celles et ceux qui ont bâti le présent – dans la sueur, le froid, les copeaux. Vivre autrement demande de réparer, pas simplement de déplacer. Où sont les investissements communautaires, les coopératives écologiques, les reboisements pensés avec les peuples autochtones ? Requalifier, oui – mais avec justice, solidarité, imagination. Sinon, il ne s’agit pas de transition, mais de trahison.





