À Matawinie, sous le couvert d’une transition verte, c’est une vieille rengaine qui se rejoue : creuser la terre, piller les ressources, faire taire les voix. Le projet de mine de graphite de Nuevo Mundo, fraîchement étiqueté « grand projet d’intérêt national », n’est pas un saut vers un avenir durable — c’est un aller simple vers une écologie coloniale. Ce ne sont pas des arbres qu’on plante, ce sont des discours qu’on repeint en vert, pendant que les bulldozers avancent.
On nous parle de batteries pour sauver la planète, mais qui écoute les gardien·ne·s de la forêt qui s’opposent sur le terrain ? De nombreux membres des communautés autochtones et locales dénoncent un processus opaque, une « consultation » jouée d’avance, une démocratie sacrifiée sur l’autel de la croissance verte. « Ils ont nommé notre territoire sans jamais nous regarder dans les yeux », lance Marie-Soleil, militante atikamekw — et c’est là tout le drame de cette pseudo-transition.
Car que vaut un label écolo quand il recouvre des millions de tonnes de roches dynamitées, des nappes phréatiques menacées, une biodiversité fracassée ? Le graphite, c’est le pétrole propre du capitalisme vert. Le même qui pollue, exploite, et transforme la crise climatique en opportunité boursière. Pas de mine sans justice. Pas de justice sans vérité. Et la vérité, c’est que cette ruée vers les « terres rares » ressemble bien plus à une répétition coloniale qu’à une révolution sociale.
Les groupes écologistes ne s’y trompent pas. Depuis Montréal jusqu’à Saint-Michel-des-Saints, les bannières se lèvent : « Greenwashing kills », « La Terre, pas le profit ». Des blocages, des occupations, des marches : les jeunes, les peuples racisés, les militant·e·s queer — celles et ceux que ce système sacrifie d’abord — s’organisent en front commun pour démasquer l’absurde logique de sacrifier des écosystèmes au nom du climat. Parce que ce n’est pas une transition juste si elle s’impose d’en haut et écrase les vivants d’en bas.
Alors non, labelliser une mine comme projet d’intérêt national ne suffira pas à la légitimer. Ce qui compte aujourd’hui, c’est de renverser les fictions institutionnelles : comme celle selon laquelle on pourrait sauver le monde sans changer le système. La colère gronde, et sous la couche lisse du graphite se cache le charbon d’un feu ancien : celui de la résistance. Parce qu’au bout du compte, notre avenir ne se creuse pas à coups d’explosifs. Il se sème en écoutant la Terre.





