Depuis le début de la semaine, les arrêts de service à la Société de transport de Montréal (STM) provoquent retards, frustrations et inquiétudes dans l’ensemble du Grand Montréal. Alors que plusieurs blâment les employés pour leur timing et leur intransigeance, il est essentiel de comprendre la logique de cette mobilisation. Le conflit va bien au-delà d’une négociation salariale : il touche aux fondements mêmes de l’organisation du travail dans un secteur essentiel, marqué par des horaires fractionnés, des retours de quart de nuit sans repos adéquat et une pression psychologique constante sur fond de pénurie chronique de personnel.
Au cœur du problème : un financement structurelment insuffisant de la STM. Le budget 2025 de la société montre un trou de près de 200 millions de dollars, comblé à coups de solutions temporaires comme le refinancement de la dette ou des coupes dans l’offre de service. Comparée à des villes comme Toronto ou Vancouver, où le soutien provincial et municipal est plus stable et généreux (50 % de financement récurrent en Colombie-Britannique contre environ 30 % au Québec), Montréal souffre d’un sous-investissement chronique. Résultat : surcharge pour les opérateurs et diminution de la qualité de service pour les usagers.
Les premiers à souffrir de ces grèves sont les usagers les plus précaires : travailleuses de la santé de nuit, étudiants sans voiture, aînés qui dépendent du transport adapté. Le transport collectif n’est pas un luxe : c’est une colonne vertébrale de l’équité urbaine. Selon Statistique Canada, plus de 35 % des ménages du centre de Montréal n’ont pas d’automobile. La perturbation actuelle aggrave l’exclusion sociale et renforce la dépendance à l’auto solo à long terme, ce qui va à l’encontre des objectifs climatiques de la province.
Cette grève ne surgit pas en vase clos. Elle s’inscrit dans un automne social marqué par de nombreuses frictions entre services publics et gouvernements : négociations dans l’éducation, dans la santé, revendications environnementales. On assiste à une reconfiguration du rapport de force entre l’État employeur et ses salariés, dans un contexte de vieillissement démographique et de rareté de main-d’œuvre. Les chauffeurs de bus sont loin d’être des privilégiés : avec un revenu médian de 64 000 $ au Québec, leur lutte est représentative d’un combat plus large pour la qualité des emplois publics.
Au lieu de pointer du doigt les grévistes, il serait pertinent de poser une question plus fondamentale : comment assurer un financement pérenne, équitable et suffisant à nos infrastructures communes ? Le transport collectif est un levier économique, climatique et social. Il mérite mieux que des rustines budgétaires et une gestion à coups de crises. Miser sur une STM résiliente, c’est investir dans une ville plus juste, plus verte et plus unie. Reste à voir si nos décideurs sont prêts à faire ce pas.





