À compter du 1er février, Metro augmentera de plus de 3 % les prix dans ses supermarchés. Officiellement, l’entreprise invoque la fin du gel des prix en vigueur depuis octobre. Pourtant, cette décision survient alors que la chaîne vient aussi d’annoncer une hausse de 10 % de ses dividendes. L’écart entre les prix à la consommation et la rémunération versée aux actionnaires relance un débat fondamental sur l’équité dans la chaîne alimentaire. Dans un contexte d’inflation persistante, les consommateurs paient plus, mais les fruits de ces hausses ne sont pas partagés équitablement.
Les données de Statistique Canada le confirment : l’alimentation a augmenté de 21 % depuis 2020, contre seulement 14 % pour les salaires moyens. D’un côté, les travailleurs peinent à suivre la cadence ; de l’autre, les grandes chaînes comme Metro affichent des bénéfices solides et versent des dividendes croissants. Entre 2019 et 2025, Metro a presque doublé ses profits, tout en réduisant sa main-d’œuvre en magasin. Il s’agit moins de couvrir des coûts que de maximiser les rendements pour les actionnaires — une dynamique peu discutée dans les discours officiels.
À défaut de véritables mécanismes de régulation des marges dans l’agroalimentaire, les ménages absorbent seuls la volatilité des coûts. Nous ne disposons d’aucun outil fédéral pour vérifier si les hausses de prix sont réellement justifiées par l’augmentation des coûts de production. En Europe, plusieurs pays ont mis en place des observatoires indépendants des prix alimentaires. Au Canada, malgré les audiences parlementaires sur les profits excessifs, aucune mesure contraignante n’est encore en place. L’asymétrie de pouvoir entre consommateurs et géants du détail demeure béante.
La pression sur le panier d’épicerie a des conséquences réelles : près d’un Québécois sur cinq déclare sauter des repas pour boucler son budget. Les enfants issus de milieux modestes sont particulièrement touchés. Ces données déshumanisantes trouvent un écho dans nos quartiers, nos écoles, nos centres communautaires. Nombre d’organismes de bienfaisance voient leurs demandes exploser tandis que les dons stagnent. Tous les indicateurs pointent vers une détérioration silencieuse mais grave de notre sécurité alimentaire.
Plusieurs voies s’ouvrent à nous. Créer un organisme de surveillance des marges, revoir les lois encadrant la spéculation sur les denrées, appuyer les circuits courts et les coopératives, indexer les prestations et crédits d’impôts aux prix réels : toutes ces pistes méritent d’être explorées. En démocratie, une alimentation accessible est un droit, pas un luxe. Il est temps d’aligner nos politiques économiques avec cet impératif. L’enjeu ici dépasse les chiffres. Il touche à la dignité fondamentale de millions de citoyens qui, chaque jour, n’ont pas les moyens de bien manger.





