Hydro-Québec vient de conclure un contrat d’exportation d’électricité vers le Massachusetts à un tarif de seulement 5,15 cents US le kilowattheure. Si l’annonce peut sembler positive pour l’image verte de l’hydroélectricité québécoise à l’international, elle soulève néanmoins des questions fondamentales sur sa rentabilité réelle. En comparaison, les revenus moyens générés localement par Hydro tournent autour de 7 à 8 cents canadiens par kWh, ce qui suggère que l’entente pourrait être déficitaire une fois les coûts de production, d’acheminement et de maintenances pris en compte.
Derrière cette stratégie d’exportation, on trouve une logique diplomatique et géopolitique : se positionner comme fournisseur d’énergie propre pour l’est américain. Mais cette ambition entre en tension directe avec les besoins internes. Qui assume les écarts? Les contribuables québécois, indirectement, via une moindre capacité de réinvestissement d’Hydro dans le réseau local et les projets de transition énergétique. Dans un contexte d’infrastructures vieillissantes et de croissance démographique prévue, chaque kilowatt exporté à perte est un choix politique qui a un coût bien réel pour le développement local.
Les impacts se font déjà ressentir, notamment dans les régions mal desservies en énergie propre ou où les coûts de raccordement ralentissent des projets industriels locaux. Des entrepreneurs en Gaspésie, par exemple, voient certains de leurs projets énergétiques ralentis, alors que l’électricité produite ici quitte la province. La facture n’est pas qu’économique : elle touche aussi à la capacité d’autonomie énergétique des communautés et à notre vitesse de transition vers une économie carboneutre.
L’analyse des stratégies de l’État révèle une approche encore trop centrée sur la maximisation des ententes à l’international, sans mécanisme systématique d’évaluation des retombées socio-économiques domestiques. D’autres juridictions, comme la Norvège avec son hydroélectricité, imposent des seuils minimaux de rentabilité ou des clauses de réinvestissement local. Le Québec pourrait s’en inspirer pour mieux encadrer ces ventes à l’étranger, en modulant ses critères de négociation autour d’un juste équilibre entre profit, transition écologique et avantage local.
Une revue des politiques publiques s’impose, avec deux objectifs clairs : garantir un rendement minimal sur toute vente d’électricité à l’extérieur du Québec, et mieux redistribuer les profits générés à l’international vers notre propre transition énergétique. Car si l’énergie verte est un bien commun, elle ne doit pas devenir un rabais permanent pour les voisins pendant que notre réseau s’essouffle et que nos citoyens paient plus cher. L’équité énergétique commence par chez nous.





