Dans les rues du centre-ville de Montréal, la colère a trouvé son écho mardi soir. Des centaines de manifestants se sont rassemblés pour dénoncer ce qu’ils appellent « l’enfer de l’IA », cette fuite en avant technologique sans consultation démocratique, sans règles claires, sans contrôle citoyen. La soirée a basculé lorsqu’un homme a été plaqué au sol par cinq policiers du SPVM, une scène brutale capturée par dizaines de téléphones et partagée sur les réseaux sociaux. Cette image résume tout : face à la contestation légitime d’un système qui nous échappe, la réponse reste la répression physique, l’intimidation, le silence forcé.
Ce que les médias mainstream réduisent souvent à un simple « incident » ou à une « altercation », c’est en réalité l’expression d’une rage collective face à l’accaparement technologique par quelques géants privés. L’intelligence artificielle n’est pas neutre : elle automatise la surveillance de masse, précarise des milliers d’emplois, perpétue des biais racistes et sexistes, tout en concentrant les profits astronomiques entre les mains d’une poignée d’entreprises. Pendant que les PDG de la tech promettent un avenir radieux, ce sont les travailleurs, les artistes, les communautés marginalisées qui paient le prix de cette soi-disant « innovation ». Les manifestants de mardi ne s’opposent pas au progrès : ils exigent que le progrès serve les gens, pas les actionnaires.
Sur le terrain, les témoignages recueillis révèlent une inquiétude profonde et tangible. Maya, enseignante au secondaire, brandit une pancarte où on lit : « L’IA remplace les profs, pas les actionnaires ». Elle explique que son école envisage d’introduire des plateformes d’apprentissage automatisées pour « optimiser » l’enseignement, au détriment de la relation humaine essentielle à l’éducation. Karim, livreur à vélo, dénonce la surveillance constante imposée par les algorithmes de son employeur : « Chaque seconde est chronométrée, chaque mouvement est tracé. On devient des robots avant même que les robots nous remplacent ». Ces voix résonnent au-delà de la manif : elles incarnent la lutte quotidienne contre un capitalisme qui instrumentalise la technologie pour maximiser l’exploitation et minimiser les droits.
L’intervention musclée du SPVM n’a fait qu’amplifier la portée symbolique de cette mobilisation. Pourquoi fallait-il cinq policiers pour maîtriser un manifestant ? Pourquoi la brutalité policière semble-t-elle toujours la première réponse aux mouvements sociaux ? Ces questions ne sont pas nouvelles, mais elles prennent une résonance particulière dans le contexte de l’IA : les mêmes technologies de reconnaissance faciale, de profilage prédictif et de surveillance algorithmique utilisées par les forces de l’ordre alimentent précisément les craintes que les manifestants expriment. L’État protège les intérêts privés de l’industrie technologique, au lieu de protéger les droits fondamentaux de ses citoyens. Cette violence institutionnelle n’est pas un bug du système, c’est une fonctionnalité.
Face à cette accélération incontrôlée, la nécessité de règles publiques fortes s’impose comme une urgence démocratique. Les manifestants appellent à un moratoire sur l’usage de l’IA dans les services publics jusqu’à ce qu’un cadre législatif rigoureux soit établi, à l’interdiction de la reconnaissance faciale dans l’espace public, à la transparence totale des algorithmes qui prennent des décisions nous concernant. L’innovation ne doit plus être dictée par l’efficacité économique et le profit à court terme, mais par les besoins humains, les droits collectifs et la justice sociale. Montréal a ouvert un front ce mardi soir : celui de la résistance organisée contre un avenir où les machines serviraient le capital plutôt que l’humanité. Et ce front ne fait que commencer.





