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IA publique : Québec en tête, les enjeux dévoilés

Le gouvernement du Québec vient de poser une balise inédite en Amérique du Nord : l’encadrement officiel de l’intelligence artificielle dans la fonction publique. Traduction ? Désormais, pour que les algorithmes guident une décision administrative, un humain devra en signer la responsabilité. Un geste qui se veut rassurant, mais qui ouvre surtout une multitude de questionnements sur la transparence, les biais algorithmiques et la capacité des États à suivre le rythme d’une technologie que même ses créateurs peinent à cadrer.

Bien sûr, derrière chaque techno-solution se cache un risque humain. Les syndicats de la fonction publique tirent la sonnette d’alarme : déléguer l’analyse de dossiers sociaux, d’immigration ou de santé publique à des intelligences artificielles, c’est risquer de perpétuer des discriminations déjà encodées dans nos modèles. Et pendant que Québec promet une charte éthique, les données des citoyens – souvent les plus précaires – restent une matière première vulnérable aux usages opaques.

Là où cela devient géopolitiquement intéressant, c’est qu’on observe ces expérimentations québécoises de Tunis à Buenos Aires. Car le Global South, souvent cobaye malgré lui des déploiements techno-sécuritaires, voit dans ces cadres une lueur d’équité… ou un mirage. À Nairobi, des ONG rappellent qu’un algorithme « biaisé » développé à Toronto peut trancher dans un dossier de visa kényan. Tout est lié. L’IA publique devient un sujet de diplomatie, d’influence, de modèles à l’export.

Les chercheurs en éthique de l’IA, eux, parlent d’un faux calme réglementaire. « On encadre l’outil sans questionner le but », résume un professeur de l’UQAM. Devrait-on automatiser des refus d’aide sociale au nom de l’efficacité ? Une IA qui sait tout sur nous mais dont on ignore la logique de décision, n’est-ce pas un retour masqué du pouvoir opaque ? Pour l’instant, le Québec mise sur sa réputation de prudence technologique. Mais où est la ligne entre innovation et gestion à clapet fermé ?

Il est peut-être temps d’ouvrir le débat au-delà des technocrates. Car si l’IA s’invite dans la sphère publique, le public doit y être invité aussi. Femmes, communautés racisées, personnes migrantes : les biais de l’algorithme sont leurs réalités vécues. Un débat démocratique, inclusif et multilingue sur l’IA doit surgir – pas juste dans les commissions parlementaires, mais dans les ruelles, les syndicats, les médias communautaires. L’intelligence ne sera vraiment artificielle que si elle exclut le réel.

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