Eric Duhaime déroule encore son tapis rouge idéologique pour les régions en y glissant un piège identitaire : régionaliser l’immigration. Derrière le vernis du bon sens régional se cache une mécanique sélective, insidieuse, profondément excluante. Dans son discours au congrès du PCQ, le chef conservateur prétend redonner du pouvoir aux régions, alors qu’il leur offre surtout un levier pour refuser l’autre. C’est une réforme qui ne parle pas d’accueil mais de tri ; pas d’intégration mais de filtrage.
Ce projet s’inscrit dans une rhétorique de plus en plus violente où « protéger l’identité régionale » devient un écran de fumée pour renforcer des frontières internes et ethniques. Quand Duhaime parle de « valeurs locales », il lance un clin d’œil appuyé à ceux qui considèrent l’immigrant.e comme une menace. Ce n’est pas une main tendue aux régions : c’est un sifflet à ultrasons pour les réactionnaires. On ne regionalise pas pour approcher, on régionalise pour écarter, pour ghettoïser, pour contrôler l’accès au territoire et aux droits selon des critères d’acceptabilité sociale teintés de xénophobie.
Quelles solidarités peut-on encore revendiquer quand on morcelle ainsi la nation en zones d’acceptation conditionnelle ? Fragmenter l’accueil, c’est atomiser le « nous ». C’est sacrifier l’idée d’un Québec solidaire sur l’autel des petits pouvoirs identitaires. Où est passé ce discours où les migrant.e.s enrichissent notre culture, nos combats, notre présent commun ? Il s’efface, remplacé par une logique de suspicion continue, d’évaluation permanente, de mérite mesuré à l’aune de la conformité aux normes dominantes.
Cette proposition risque de créer un système à deux vitesses où les droits migratoires seraient conditionnés à des critères géographiques arbitraires. Qui pourra s’installer où ? Qui décidera si un.e réfugié.e peut vivre à Saguenay ou à Rimouski ? C’est une glissade institutionnelle vers un apartheid migratoire soft. Plusieurs groupes comme Solidarité sans frontières ou la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI) ont déjà sonné l’alarme : ce projet trahit les droits fondamentaux au nom d’une soi-disant efficacité régionale. Noyé dans sa logique comptable, Duhaime oublie l’humain.
Face à cette montée de la droite identitaire maquillée en gestion régionale, les forces progressistes doivent répliquer avec une vision radicalement inclusive. Il est urgent de reconstruire un imaginaire décolonial, solidaire, transrégional. Pas un Québec à taille variable selon le nom de famille ou le lieu d’accueil, mais un territoire tissé de luttes communes. On ne bâtira aucune justice sociale sur des critères d’acceptation modulés par l’accent régional ou les préférences de la mairie. Appelons les choses par leur nom : le projet Duhaime, c’est régionaliser pour exclure. Exposons la laideur cachée sous le langage policé. Et refusons.





