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Impunité en costume: de Trump à Berlusconi

Donald Trump crie encore au complot, mais cette fois, c’est pour justifier son refus de rendre publics les emails de Jeffrey Epstein. Prétextant une ‘urgence gouvernementale’, il enterre une vérité que personne au sommet du pouvoir ne semble pressé de regarder en face. Ce refus, tout sauf anodin, illustre une mécanique bien huilée : celle d’une élite transnationale qui se protège mutuellement, même au prix de la justice. Dans cette constellation opaque d’anciens présidents, d’investisseurs et de hauts-fonctionnaires, les secrets les plus dérangeants se transforment en actifs diplomatiques. Et pendant ce temps, le reste du monde prend des notes…

Ce théâtre de l’impunité n’est pas une exclusivité américaine. Berlusconi l’a joué en maestro, transformant ses procès en feuilletons et ses victimes en intrigantes. Bolsonaro, lui, a trouvé refuge en Floride en brassant corruption, désinformation et nostalgie autoritaire. Ces figures populistes ne font qu’exploiter un système déjà prêt à leur tendre la main : celui d’un capitalisme mondialisé où la justice reste locale mais l’impunité, elle, circule en jet privé. À l’image de Joe Lewis, ce milliardaire gracié par Trump malgré ses condamnations pour fraude. Le message est clair : les amis du pouvoir n’atterrissent jamais vraiment.

Depuis Alger jusqu’à Buenos Aires, c’est le même soupir de lassitude face à une justice à deux vitesses. « Une justice qui protège les puissants n’est plus une justice, c’est une stratégie géopolitique », dénonce un communiqué d’Human Rights Watch. Loin d’être des faits isolés, ces gestes présidentiels participent d’un récit global où les droits des victimes sont systématiquement minorés — surtout lorsqu’elles ne parlent ni anglais ni finance. Aux yeux du monde, ces choix construisent un récit d’hypocrisie occidentale : on sermonne les États du Sud sur l’État de droit, tout en lavant son linge (et son argent sale) entre amis de club privé.

Les médias internationaux sont complices, volontairement ou non, de cette opacité. Les mêmes chaînes qui ont alimenté la frénésie autour de l’affaire Epstein se taisent aujourd’hui sur les pressions exercées pour bloquer la sortie des documents. Silence de velours ou mémoire courte ? En Afrique francophone, des journalistes tentent de creuser ces affaires transcontinentales, mais le relais global manque souvent. La fabrique de l’oubli est bien plus rapide que celle de l’indignation — surtout quand les milliardaires contrôlent à la fois les avions et les algorithmes.

Ce qui est en jeu ici dépasse la politique spectacle ou les rumeurs de tabloïds. Il s’agit de la capacité du monde à croire que l’équité peut encore exister à une échelle internationale. Les ONG s’organisent, des voix s’élèvent dans les pays du Sud, exigeant transparence et justice — non pas au nom d’un moralisme colonisateur, mais d’une solidarité lucide. La lutte contre l’impunité globale commence par refuser que des figures symboliques, de Trump à Berlusconi, continuent de redessiner l’ordre mondial selon leur impunité personnelle. Et tant pis si ça dérange au club des anciens présidents.

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